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Le racisme d'Etat en France, autopsie d'un mal récurrent

LE RACISME D’ÉTAT EN FRANCE, autopsie d’un mal récurrent
 
« Le racisme fait partie de l’ADN de la France. Et tant que nous fermerons les yeux sur la douleur de ceux qui souffrent de son oppression, nous ne pourrons jamais nous affranchir de ses origines. »
 
Une égalité républicaine encore à conquérir. En ce XXIᵉ siècle, en octobre 2026, une question fondamentale demeure : peut-on encore, en France, mourir dans la rue, être victime de violences, de discriminations ou d’exclusion en raison de sa couleur de peau, de son origine réelle ou supposée, ou de son apparence physique ?
 
Pour de nombreux citoyens noirs et arabes, la réponse se nourrit d’expériences douloureuses, de témoignages et de situations dans lesquelles ils estiment être traités différemment en raison de leur origine. Ces préoccupations concernent aussi bien l’espace public que l’accès à l’emploi, les démarches administratives, les institutions judiciaires et certaines instances professionnelles.
 
Lorsque des personnes ont le sentiment que leur couleur de peau détermine leur accès aux droits, leur avenir professionnel ou leur place dans la société, c’est la promesse républicaine d’égalité qui se trouve directement mise à l’épreuve.
 
La question mérite donc d’être posée sans détour : les principes proclamés par la République française de liberté, d’égalité et de fraternité sont-ils effectivement garantis à tous, sans distinction d’origine ou de couleur de peau ?
 
De l’héritage colonial aux discriminations contemporaines, rien n’a vraiment changé. L’apartheid, institutionnalisé en Afrique du Sud au XXᵉ siècle, reposait sur un système légal de ségrégation raciale. La France contemporaine ne peut être assimilée mécaniquement à ce régime historique. Toutefois, cette distinction ne doit pas empêcher d’examiner avec rigueur les discriminations raciales alléguées, les inégalités de traitement et les mécanismes institutionnels susceptibles de les entretenir.
 
La question du racisme systémique renvoie précisément à la possibilité que des pratiques, des règles ou des fonctionnements institutionnels produisent des désavantages répétés pour certaines catégories de la population, même en l’absence d’une intention discriminatoire explicitement formulée.
 
C’est dans cette perspective que doit être interrogé le fonctionnement des administrations, des institutions judiciaires, des ordres professionnels et, plus largement, des services publics.
 
L’héritage de l’esclavage et de la colonisation ne saurait être considéré comme une question définitivement close au seul motif que les régimes juridiques qui les organisaient ont disparu. Leur mémoire impose également de s’interroger sur la persistance éventuelle de préjugés, de pratiques discriminatoires et de représentations hiérarchisant les individus selon leur origine. L’époque où les esclaves ne pouvaient même pas choisir leur religion, où les lois avaient rendu illégales que les Noirs et les Blancs soient enterrés dans le même cimetière, ou les esclaves étaient marqués de la fleur de Lys ou étaient punis de peines afflictives et même de peine de mort, est encore vive ; il n’y a jamais eu ni repentance ni réparation à ce jour.
 
La France a aboli le Code Noir de Louis XIV de 1685 dans les textes par le Parlement (le 28 mai 2026 par l'Assemblée nationale, puis le 20 octobre 2026 par le Sénat), mais pas dans les faits et ni dans les consciences car le racisme a la vie dure.
 
Il est donc indispensable de distinguer l’abolition juridique des systèmes de domination de l’évaluation de leurs éventuelles conséquences contemporaines.
 
Le poids des mots et la responsabilité des institutions sont de notre devoir. Il existe des mots qui blessent, humilient et excluent. Le racisme exprimé ouvertement, banalisé ou présenté comme acceptable participe à la dégradation du lien social et porte atteinte à la dignité des personnes qui en sont victimes.
 
Mais la lutte contre le racisme ne peut se limiter à condamner les propos ouvertement haineux. Elle doit également porter sur les pratiques et les décisions susceptibles de produire des discriminations dans l’accès aux droits, à l’emploi, au logement, à la justice et aux services publics.
 
Lorsqu’une personne estime avoir été victime d’un traitement discriminatoire, elle doit pouvoir saisir une autorité compétente, faire examiner sa situation et obtenir une réponse motivée dans le respect des garanties procédurales.
 
Le droit de se défendre constitue une garantie fondamentale. Il ne doit dépendre ni de la couleur de peau, ni de l’origine, ni de la situation sociale du justiciable.
 
Un système judiciaire digne de la confiance des citoyens doit offrir à chacun la possibilité effective de faire valoir ses droits, de contester les décisions qui le concernent et de demander réparation lorsqu’une violation est établie.
 
La promesse de 1789 est la liberté et l’égalité en droits pour toutes les citoyennes et tous les citoyens.
 
L’article premier de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789 dispose : « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune. »
 
Cette disposition constitue l’un des fondements de l’idéal républicain français. Elle rappelle que la dignité et les droits ne peuvent légitimement être subordonnés à une hiérarchie raciale.
 
Pourtant, la proclamation d’un principe ne suffit pas à garantir son application effective. Encore faut-il que chaque citoyen puisse en bénéficier concrètement, que les discriminations soient prévenues, que les manquements soient examinés et que les recours soient accessibles.
 
L’écart éventuel entre les principes constitutionnels et l’expérience vécue par certains citoyens doit ainsi conduire à une réflexion sur l’efficacité des mécanismes de protection et de contrôle.
 
La République ne peut se satisfaire d’une égalité simplement proclamée. Elle doit veiller à ce que cette égalité se traduise dans les décisions administratives, les pratiques professionnelles et le fonctionnement de la justice.
 
Les difficultés administratives et l’exclusion sociale sont récurrentes. Les difficultés rencontrées par certaines personnes étrangères dans leurs démarches de séjour illustrent les conséquences humaines que peuvent avoir des procédures administratives iniques, complexes, des délais de traitement prolongés et des difficultés d’accès aux services compétents.
 
Lorsqu’un retard administratif compromet le renouvellement d’un titre de séjour ou la régularité d’une situation professionnelle, ses conséquences peuvent être considérables : perte d’emploi, précarité financière, difficultés de logement et impossibilité de subvenir convenablement aux besoins de sa famille.
 
Ces situations doivent être examinées avec attention, notamment lorsque les personnes concernées estiment subir un traitement discriminatoire.
 
Il importe toutefois de distinguer les difficultés administratives liées au droit applicable, les dysfonctionnements éventuels des services publics et les discriminations fondées sur l’origine ou la couleur de peau. Cette distinction est indispensable pour identifier les responsabilités et apporter des réponses adaptées.
 
Aucune personne ne devrait être réduite à une existence précaire ou privée de la possibilité effective de faire valoir les droits que la loi lui reconnaît.
 
La dignité humaine exige que les procédures administratives soient accessibles, que les décisions soient prises dans des délais raisonnables et que les voies de recours puissent être effectivement exercées.
 
L’égalité des droits ne peut plus être une promesse différée. Face aux discriminations raciales et aux inégalités de traitement, il n’existe pas de solution durable sans justice, sans responsabilité institutionnelle et sans égalité effective devant la loi.
 
L’égalité ne saurait être renvoyée indéfiniment à demain. Elle doit constituer une exigence présente, concrète et vérifiable.
 
Quelle société voulons-nous construire si des personnes continuent de penser que leur couleur de peau constitue un obstacle à leur reconnaissance, à leur protection ou à leur participation pleine et entière à la vie collective ?
 
Une République fidèle à ses principes doit garantir que nul ne soit considéré comme inférieur en raison de son origine, de sa couleur de peau ou de sa religion. Elle doit combattre les préjugés racistes et les discriminations, mais également veiller à ce que toute accusation soit examinée avec sérieux, impartialité et respect des droits de chacun.
 
Il n’existe aucune justification à une hiérarchie entre les êtres humains. Ni la couleur de peau, ni la religion, ni l’origine ne peuvent fonder une prétendue supériorité naturelle.
 
De même, les actes criminels doivent être examinés à partir des faits, des preuves et du droit applicable, sans préjugés raciaux et sans traitement de faveur. La justice doit garantir l’égalité de traitement, la présomption d’innocence et la responsabilité individuelle.
 
Des droits civiques doivent être pleinement effectifs pour tous. Les droits civiques et les libertés fondamentales constituent des garanties essentielles de la participation à la vie démocratique. Ils comprennent notamment, dans les conditions prévues par la loi, la liberté d’expression, la liberté de réunion, le droit de participer aux affaires publiques, la lutte contre les discriminations et les droits politiques attachés à la citoyenneté.
 
Il convient cependant de distinguer les droits reconnus aux citoyens français de ceux dont bénéficient les étrangers résidant en France, car leur régime juridique n’est pas identique. Cette distinction ne saurait justifier aucune discrimination raciale : toute personne doit bénéficier des droits et protections que lui reconnaît le droit applicable.
 
L’expression « Français de papier », lorsqu’elle sert à contester la légitimité de personnes pourtant françaises, révèle une interrogation plus profonde sur la reconnaissance sociale de la citoyenneté. Être français ne devrait pas conduire à devoir constamment démontrer que l’on mérite les mêmes droits et le même respect que les autres citoyens.
 
La citoyenneté ne peut être appréciée à partir de la couleur de peau ou de l’apparence physique. Elle doit être reconnue conformément au droit, et l’égalité devant la loi doit être une réalité pour tous.
 
C’est pourquoi les combats menés par Martin Luther King aux États-Unis et Nelson Mandela en Afrique du Sud conservent une portée universelle : ils rappellent que la lutte contre les discriminations et pour l’égalité des droits ne s’arrête pas avec l’adoption de textes juridiques. Elle exige une vigilance constante, des institutions responsables et une société déterminée à faire respecter la dignité humaine.
 
Une exigence universelle de justice est le fondement de tout État de droit.
 
Montesquieu est souvent associé à cette formule : « Une injustice faite à un seul est une menace faite à tous. »
Martin Luther King a, quant à lui, écrit dans sa Lettre de la prison de Birmingham : « L’injustice, où qu’elle se produise, est une menace pour la justice partout. »
 
Ces paroles expriment une exigence qui dépasse les frontières et les appartenances. Une injustice qui touche une personne concerne les principes sur lesquels repose l’ensemble de la société.
 
La France dispose d’un héritage juridique et politique fondé sur la liberté, l’égalité et la fraternité. Cet héritage doit être évalué à l’aune de la réalité vécue par celles et ceux qui invoquent ces principes pour dénoncer des discriminations.
 
Il ne suffit pas d’affirmer que tous les citoyens sont égaux. Il faut garantir que chacun puisse effectivement accéder à ses droits, être entendu par les institutions, bénéficier d’une justice impartiale et obtenir réparation lorsqu’un préjudice est établi.
 
La lutte contre le racisme n’est pas une revendication contre la France. Elle est une exigence de cohérence entre les valeurs proclamées par la République et les pratiques de ses institutions.
 
L’égalité des droits ne doit être ni une faveur ni un privilège. Elle est une exigence de justice, de dignité et de démocratie. La Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen est de 1789, c’est maintenant il y a 240 ans, et nous pensons qu’il est réellement temps de garantir ces droits à tous nos citoyens Noirs, Blancs ou Arabes qui vivent en France.
 
Est-ce dans cette France de la discrimination, du racisme ambiant systémique que les personnes sensées veulent vivre ? Un pays où la couleur de peau a plus d’importance que l’humanité du fait du privilège Blanc, de l’inégalité naturelle où les Blancs sont supérieurs aux Noirs, la religion catholique supérieure à la religion musulmane, où les crimes odieux commis par les Blancs envers les Noirs sont assimilés aux maladies mentales, aux troubles mentaux pour bien les excuser par la justice ?
 
L’égalité des droits, maintenant et pour toutes et tous.
 
Patrice Aimé Césaire MIAKASSISSA
 
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