• CONGO-BRAZZAVILLE : Entretien sur les échéances électorales.<?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p></o:p>

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    Interview exclusive de Jean-Claude MAYIMA-MBEMBA<o:p></o:p>

    accordée à Kimpwanza, le 13 mars 2007<o:p></o:p>

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    Jean-Claude MAYIMA-MBEMBA a été Rapporteur de la Commission Ad'hoc "Assassinats" de la Conférence Nationale Souveraine (25 février – 10 juin 1991), Secrétaire général de l'Ong Africa Human Voice International, membre du Bureau Exécutif National du MCDDI où il est Secrétaire national chargé des Relations avec l'Union Européenne.<o:p></o:p>

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    En raison de l’actualité pressante qui prévaut au Congo-Brazzaville, notamment avec l’effervescence des préparatifs des élections législatives et locales, nous nous sommes approchés de M. Jean-Claude MAYIMA-MBEMBA pour recueillir son point de vue.<o:p></o:p>

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    Kimpwanza : Monsieur Jean Claude Mayima Mbemba, la rédaction de Kimpwanza est très heureuse de vous retrouver en bonne santé, mais en est-il de même pour votre pays le Congo ? Quel regard général en avez-vous en ce moment ?<o:p></o:p>

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    Jean-Claude MAYIMA-MBEMBA : A mon tour de vous remercier de m'avoir accordé votre attention, et je m’en réjouis. <o:p></o:p>

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    C’est Marat qui avait dit : « La liberté de tout dire n’a d’ennemis que ceux qui veulent se réserver le droit de tout faire ».<o:p></o:p>

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    Pour répondre à votre question, je dirais que même si physiquement je me porte bien, il n'en est pas de même pour mon pays. Vous savez, aucun homme conscient des difficultés que connaît son pays depuis des décennies ne resterait insensible et ne saurait se détourner des malheurs, des douleurs qui frappent ses compatriotes. On ne peut souffrir qu'avec eux, sinon je ne serais pas là à en parler avec vous.<o:p></o:p>

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    Ceci dit, a-t-on encore besoin d'étaler tout ce qui s'y passe ? Chaque jour, les médias, les journaux, l'Internet nous apportent des informations concernant le Congo-Brazzaville. Aujourd'hui, tous les Congolais, du moins ceux qui vivent à l'extérieur du pays et qui ont encore la liberté totale  d'expression, ne se privent plus. Chaque jour, ils écrivent des articles, des livres. D'autres créent des Sites Internet ou des Blogs. Des analyses sont faites presque quotidiennement. <o:p></o:p>

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    Bref, je dis : Tout va mal, très mal. Le Congo-Brazzaville a des problèmes, de très sérieux problèmes, et le problème du Congo c’est M. Sassou Nguesso et ses souteneurs que tous les Congolais savent.<o:p></o:p>

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    Kpz : Ces derniers mois, certains leaders politiques sont rentrés au pays, qu'en pensez-vous ? Et qu'en est-il en ce qui vous concerne ? Quelles sont vos perspectives à ce propos ?<o:p></o:p>

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    J-C M-MB : Le Congo est notre pays. Chacun de nous peut rentrer et s'y installer s'il pense qu'il peut y vivre en toute quiétude, en toute sécurité. Or, le malheur est que quiconque rentre au Congo de façon définitive est obligé de changer, de modifier son comportement ou de se ranger, quand même était-il une grande gueule, comme on dit dans le langage courant. Donc, soit composer avec l'oligarchie, avec la synarchie au pouvoir, soit s'écraser. Pour ma part, je crois que l'heure n'est pas encore venue pour fouler le sol de ma patrie. Certes, le président du parti auquel j'appartiens, M. Bernard Kolélas, est rentré, mais je ne suis pas Bernard Kolélas. <o:p></o:p>

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    D'ailleurs, je n'ai pas besoin de rappeler les conditions dans lesquelles il est rentré. Sans ces conditions-là, croyez-vous que le président Kolélas serait au Congo aujourd'hui ? Je ne le pense pas. Moi, en ce qui me concerne, je ne suis pas homme à négocier mon retour au Congo. Je suis citoyen congolais, et je n’ai jamais changé de nationalité, n’en déplaise à certains. Quand je l’aurais décidé, je rentrerai dans mon pays. <o:p></o:p>

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    Pour le moment, les conditions ne sont pas encore remplies. N’oubliez pas que M. Soni Benga m’a désigné et cantonné dans son livre et dès les premières pages, dans le rang des irréductibles. Mon crime, c’est d’avoir dénoncé cette sale guerre, ces injustices et ces crimes, pour un baril de pétrole pour les uns, et les besoins du ventre pour les autres. Pourtant, aujourd’hui, au fil des années, l’actualité m’a donné raison.<o:p></o:p>

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    Une minute ! Je sens la question qui pend à vos lèvres. Après ce que je viens de dire, vous brûlez d’envie de me poser la question de savoir si j’ai peur d’être tué par M. Sassou Nguesso et ses proches si je rentre au Congo. Non, loin de là. Je n’ai pas peur de mourir, d’être tué. Je ne pèse pas plus que ceux qu’ils ont déjà exterminés. Les enfants du Beach ne leur ont rien fait du tout. Vous savez, même ici en France, s’ils veulent m’éliminer, ils le feront sans problème. Il y a déjà eu l’affaire Ben Barka, et le cas de Dulcy September. De plus, un membre de son entourage m’avait déjà dit, il y a quelques années, peu après leur victoire en 1997 : « Nous savons où vous êtes M. Mayima-Mbemba. Ce n’est pas difficile de vous trouver ». Est-ce que cela n’explique pas tout ? <o:p></o:p>

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    En 2003, j’ai échappé à une tentative d’assassinat par empoisonnement. Alors ! Je crois que j’ai tout dit à ce sujet. Mais cela ne m’empêche pas de sortir, d’aller et venir, librement, sans me soucier du reste ou de ce qui peut m’arriver. Advienne que pourra. <o:p></o:p>

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    Kpz : Quelles sont vos relations actuelles avec le Président Bernard Kolélas et le MCDDI ? Êtes-vous toujours membre actif du MCDDI ?<o:p></o:p>

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    J-C M-MB : Quelle question ! Oui, je le confirme, je suis toujours membre actif du MCDDI, membre du Bureau Exécutif National du MCDDI. S'agissant de mes rapports avec le président du MCDDI, M. Bernard Kolélas, je ne pense pas qu'ils souffrent d'une quelconque ambiguïté. Mais je vois où vous voulez en venir. Ici et là, on dit que le MCDDI veut renouer avec le passé, à savoir, réactiver l'Alliance URD-FDU. Il serait sans doute préférable que cette question soit posée à l'intéressé lui-même qui conduit les destinées du parti. <o:p></o:p>

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    Ceci dit, comme je l'avais déjà exprimé dans ma précédente intervention ici même dans votre espace, le MCDDI n'est pas un parti à cerveau  unique. Un homme, une idée. C’est ce qui fait d’ailleurs sa richesse et sa force. Ce serait d’ailleurs trop beau si dans un groupe humain tout le monde pensait la même chose, s'exprimait de la même façon. Ce serait même très dangereux pour un parti politique. C’est d’ailleurs à cause de cela que la Révolution et le système de parti unique ont dévoré des dizaines de milliers de nos compatriotes. <o:p></o:p>

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    Moi, j'ai mes idées, mes analyses, mes appréciations, ma vision des choses, mes opinions, tout comme un autre sera à l’opposé des miennes. C'est cela aussi qui enrichit la vie démocratique au sein d’un parti, à quel que niveau que ce soit, si on veut bien s'en donner la peine. La divergence d’opinion, quand il y en a, dans la convergence.<o:p></o:p>

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    A ce propos, un mot est en vogue aujourd’hui, et presque dans toutes les bouches : Consensus. Or, selon la définition qui m’en a été donnée par mes maîtres, « le Consensus, ce n’est pas l’absence de désaccord ; ce n’est ni l’harmonie universelle ni l’unanimité. Le consensus, c’est le consentement à quelques règles, l’adhésion à quelques valeurs tenues pour essentielles et  l’acceptation d’une procédure pour surmonter les désaccords ». <o:p></o:p>

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    Kpz : Depuis que le Président Kolélas est rentré au Pays, à la faveur de ce que l'on sait, il y a une sérieuse confusion actuellement autour de ses relations personnelles et/ou politiques avec le Président de la République. Pourriez-vous nous éclairer sur ce point ? Qu'en est-il exactement, allégeance politique ou compromission politique ?<o:p></o:p>

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    J-C M-MB : Beaucoup de rumeurs circulent ici et là à ce sujet. Pour ma part, je suis en charge d'un département, d'un dossier, celui des relations avec l'Union Européenne. Quant à savoir ce à quoi aspire le MCDDI et où son chef le conduit, je crois que les Congolais ne sont pas dupes. Il faut savoir faire la part des choses. Il y a les relations humaines qui, elles, et ce quelles que soient les divergences d'opinions, ne devraient pas souffrir des aléas d'autres réalités. Et il y a le volet politique qui, lui, déchire les hommes, les met en opposition, indifféremment des rapports humains, affectifs et amicaux que l'on puisse avoir. <o:p></o:p>

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    Je vous donne un exemple, il y a quelques années, au Burundi, le Roi Mwambutsa IV n’avait-il pas été renversé, limogé par son propre fils Ntaré V ? Allez donc y comprendre quelque chose ! Enfin, bref, même si on s'étripe sur le plan politique, est-il  interdit d'avoir des relations purement humaines avec des femmes et des hommes, membres de l'autre bord politique dans le pays ? Le problème du Congo n’est pas au niveau strictement humain. Il est ailleurs. <o:p></o:p>

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    Personnellement, puisque nous parlons politique, je ne considère que les actes politiques posés par les uns et les autres. Ceci dit, pour revenir à votre question, à moins qu'il s'agisse d'un accord secret (non écrit) dont je n'ai pas connaissance, je crois qu'il n'y a pas encore un accord écrit, noir sur blanc, qui consacrerait ce que vous avancez. Par exemple, il n’y a pas longtemps, quelques scribes en mal de scoop ont annoncé tambour battant que le MCDDI va faire partie du nouveau gouvernement en perspective. Tout le monde a été aux aguets. <o:p></o:p>

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    M. Sassou vient récemment de remanier son gouvernement. Aucun ministre issu du MCDDI. Depuis, les clairons se sont tus à ce sujet. Alors, il y a de quoi faire attention à ce qu’on dit ou qu’on écrit. Vous savez, un proverbe bien de chez nous dit : « Le tam-tam se fabrique dans la forêt, à l'insu de tous, mais une fois le travail fini, son utilisation est toujours sur la place publique ». Je pense que vous avez bien compris ce que je veux dire.<o:p></o:p>

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    Kpz : Que pensez-vous des choix politiques "controversés" de votre leader Bernard  Kolélas depuis la conférence nationale souveraine à ce jour ?<o:p></o:p>

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    J-C M-MB : Je ne sais pas si, aujourd'hui, le président Bernard Kolélas a fait d'autres choix qui soient contraires à ceux affichés lors de la Conférence nationale souveraine. On lui a reproché d’avoir noué des alliances avec Sassou Nguesso, puis avec Lissouba. Tout cela au nom de quoi ? De la PAIX, simplement. On lui a mis sur le dos une guerre qu'il n'avait ni préparée, ni organisée, ni déclenchée. <o:p></o:p>

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    On a très vite oublié ces simples citoyens congolais qui ont bénéficié de l'aide extérieure pour semer la débâcle nationale et la désolation dans tout le pays. On a très vite oublié ces hordes de troupes étrangères, d'armées nationales de pays voisins déguisées en véritables mercenaires, venues chez nous dans notre pays pour y installer, plutôt réinstaller un homme qui avait déjà fait ses preuves et montré ses limites. <o:p></o:p>

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    A mon avis, ces hordes n’étaient pas venues au Congo pour aider Kolélas. Aujourd'hui la preuve est bien faite. Plus rien à démontrer. Que l'on se souvienne au moins de la déclaration du président Chirac à Luanda, un jour du 30 juin 1998. N’est-ce pas un aveu, une signature ? Au jour d’aujourd’hui, je crois que tout le monde a compris d'où sont venus la violence et le crime tous azimuts. Il ne faut surtout pas qu'on ait la mémoire courte, mais qu’on se rappelle aussi que c’est une autre figure française, Georges Clémenceau, qui avait déclaré : « Une goutte de pétrole vaut bien une goutte de sang ».<o:p></o:p>

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    Vous faites allusions aux différentes déclarations de Bernard Kolélas ? Que dit-il ? Que déclare-t-il ? Appelle-t-il à la guerre ? De deux choses l'une : ou il fait un discours incendiaire, ce qui remettrait le feu aux poudres et les autres n’attendent que cela ; ou il tient un langage de paix comme il l’a toujours fait. A chacun de choisir et de lui dire alors quel discours tenir. L’homme n’a jamais appelé à la guerre, et cela tout le monde le sait. De toutes les façons, a-t-il les moyens de faire ce qu'il voudrait bien faire pour le bien du pays, au point où en sont les choses ? Il n'est pas au pouvoir, il n'a pas le pouvoir politique, encore moins de décision sur la nation. N'oublions pas que la constitution de M. Sassou Nguesso, taillée sur mesure comme une veste, a limité l'âge des candidats à la présidence de la République à 70 ans. Or Bernard Kolélas a plus de 70 ans. Pour M.  Sassou Nguesso, Bernard Kolélas n'est plus un danger pour son pouvoir octroyé, obtenu par procuration au prix du sang de nos compatriotes. <o:p></o:p>

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    Au contraire, c'est Sassou Nguesso qui a aujourd'hui besoin de l'ombre de Bernard Kolélas. Il a tellement massacré les Congolais, ravagé le pays du Nord au Sud, qu'il me serait surprenant, seul en déplacement, de le voir se faire applaudir, sans se faire huer.<o:p></o:p>

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    Mais qu'on le veuille ou non, rassurez-vous, le peuple congolais et le monde qui nous entoure  voudraient bien voir revenir la paix au Congo-Brazzaville, à l'exception des pyromanes, des  vautours et des charognards, bien sûr.<o:p></o:p>

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    Kpz : Le gouvernement, réuni en conseil des ministres, le 13 février dernier, a admis le principe de la commission électorale indépendante pour les législatives et les locales fixées le 24 juin et le 22 juillet 2007 (pour les législatives) et le 20 janvier 2008 (pour les locales). Quelle est votre réaction personnelle et qu'en pense le MCDDI ?<o:p></o:p>

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    J-C M-MB : Vous savez, cela fait longtemps que personnellement j'évoque ce dossier des élections législatives et locales. Je suis l'un des tous premiers à dénoncer l'injustice, l'illégalité, l'illégitimité, pire l'escroquerie organisées autour de ces élections. C'est dans l'une de mes nombreuses interventions que j'ai dénoncé le caractère archaïque et anachronique de la loi électorale de 2001 qui a consacré les élections de 2002. Je disais déjà, à l'adresse de l'opposition, qu'au lieu de se battre pour une Commission électorale indépendante, c'est à la loi, cette loi inique, qu'il fallait d'abord s'attaquer. Alors seulement viendrait et serait posée la question de la mise en place d'une Commission électorale indépendante. Malheureusement, on a inversé les rôles, on a mis la charrue avant les bœufs. Je disais déjà, dans mes interventions, que Sassou peut accepter de satisfaire les revendications de l'opposition concernant la mise en place d'une Commission électorale indépendante, mais que le problème resterait entier. <o:p></o:p>

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    Comment pouvez-vous expliquer, avec cette loi électorale bancale, inique, qui repose sur une escroquerie et un totalitarisme éhontés, qu'une localité du nord du pays qui a une population disons de 10.000 habitants, par exemple, puisse avoir droit à 4 députés, et qu'une autre localité, du sud-Congo et de même démographie, n'a droit qu'à un ou 2 députés ? Il y a quand même problème. Il y a même dans la Bouenza une localité qui a près de 30.000 à 40.000 habitants. Tenez-vous bien, cette localité n'a droit qu'à 2 députés. <o:p></o:p>

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    Ainsi, la minorité démographique deviendra majoritaire et la majorité démographique sera minoritaire dans cette assemblée prétendue que d’aucuns auront le toupet d'appeler « ASSEMBLEE NATIONALE ». Est-ce que vous ne voyez pas l'iniquité ?<o:p></o:p>

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    Quant à ce qu'en pense le MCDDI, comme je ne suis pas sur place à Brazzaville, je préfère vous donner mon avis personnel à ce sujet. Et je pense que les dirigeants du MCDDI qui sont sur le  terrain s'en inspireront. Je répète : d'abord il fallait tout faire, se battre pour faire abroger cette loi d'un autre temps, comme dirait l'autre, et ensuite seulement aurait été posée la question de la C.E.I. Car le découpage électoral actuel, tel qu'il est consacré par la loi de 2001, est un vol, une véritable escroquerie. C'est cela qu'on appelle aussi la dictature.<o:p></o:p>

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    Par conséquent, avec cette affaire, demain, je le crains et j’en ai bien peur, nous risquons de ramasser à nouveau les morts à la pelle, tués soit par balle, soit par arrêt cardiaque, soit à l'issue d'un enlèvement, etc. On connaît le mode opératoire.<o:p></o:p>

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    Kpz : Selon vous, quels peuvent être les risques encourus par le pays, sachant que toutes les conditions d'organisation optimales de telles élections ne sont pas réunies ?<o:p></o:p>

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    J-C M-MB : Je viens de le dire, nous risquons de ramasser, encore une fois, les morts à la pelle. Le gouvernement par la peur, l'intimidation, la violence et le crime tous azimuts, ne pardonne jamais les tergiversations. Pour lui, s'opposer à son diktat est un acte de lèse-majesté. Mais les Congolais doivent-ils courber l'échine pour autant ? Il y a eu des centaines de milliers de nos compatriotes qui sont morts, assassinés, qui n'avaient rien fait et qui ne savaient rien de la politique. Ils sont morts, massacrés, exterminés. De vrais innocents. Croyez-vous que la synarchie au pouvoir, avec à sa tête M. Sassou Nguesso, pardonnera longtemps de telles incartades, hésitera un seul instant, sans réagir et sans faire usage de la violence ? <o:p></o:p>

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    Souvenez-vous de l’épisode et des péripéties du congrès du PCT. Ils ne savent faire que cela : TUER. Vous le savez sans doute. Ils en ont les moyens et ils ont leurs protecteurs et souteneurs, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du Congo. Qu’à cela ne tienne, cette politique de la terre brûlée ne devrait pas refroidir les Congolais pour exiger et obtenir ce qui, à leurs yeux et de ceux des observateurs, est somme toute légitime.<o:p></o:p>

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    Kpz : Suivez-vous l'évolution du processus de résolution de la crise du Pool ? Quel avis avez-vous de tous les acteurs impliqués ou concernés par ce dossier ? Y a t-il un blocage, d'où vient-il et pourquoi ?<o:p></o:p>

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    J-C M-MB : Je ne pense pas qu'il puisse y avoir un pays, une région ou un homme tout court qui n'aspire pas à la paix. Un pays qui ne connaît pas la paix est un pays mort. J'ai personnellement participé à une partie des travaux préliminaires qui ont abouti à ce qui se met en place dans le Pool, en vue d'une paix durable. Si vous voulez avoir mon avis, je vais vous le donner sans tergiverser.<o:p></o:p>

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    D'un côté, il y a celles et ceux qui aiment et veulent la paix à tout prix dans cette région. Des femmes et des hommes de tous bords et de toutes catégories sociales s'activent pour aboutir à quelque chose de définitif, aux fins de permettre à tout un chacun, à chaque habitant de cette  région, de pouvoir respirer enfin et y vivre en toute quiétude. <o:p></o:p>

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    Mais de l'autre, il y a aussi celles et ceux qui ont fait de la région du Pool leur fonds de commerce. <o:p></o:p>

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    - Imaginez la région du Pool vivant dans la paix ! Que deviendront celles et ceux qui en vivent, celles et ceux qui vivent du malheur, de la souffrance des autres ?<o:p></o:p>

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    - Imaginez les fils de cette région reconstruire cette région ravagée par la haine, amorcer une politique de développement de la région ! <o:p></o:p>

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    Croyez-vous que ceux qui l'ont ravagée, détruite jusqu'à la profanation des tombes, ont intérêt à la voir retrouver son équilibre humain, moral et psychologique ? La région du Pool est devenue une poule aux œufs d'or. Elle nourrit ceux qui vivent de la violence, du crime et de rapines. <o:p></o:p>

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    La Communauté internationale, en l'occurrence l'Union Européenne, déverse au Congo, au nom du Pool et pour le compte de la région du Pool, des millions de dollars et d'euros. Si la source tarit, que feront et deviendront celles et ceux qui vivent de cette manne, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du pays ? <o:p></o:p>

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    C'est une affaire de gros sous, la région du Pool. A chacun de comprendre. Mais, pas de fatalisme ! La volonté humaine bravera ces obstacles, et demain celles et ceux qui tentent de freiner cette évolution, cette volonté humaine saine, pour la PAIX, seront indexés, montrés du doigt et cités nommément. <o:p></o:p>

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    Patience, il faut laisser le temps au temps, tout en continuant d’œuvrer pour cet ACTE SALUTAIRE SOMME TOUTE PACIFIQUE.<o:p></o:p>

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    Kpz : Que pensez-vous du récent sommet France-Afrique de Cannes ?<o:p></o:p>

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    J-C M-MB : Sans commentaire ! C’est le rituel habituel. Notre très regretté François-Xavier Verchave, avait beaucoup dit et écrit à ce sujet. Récemment encore, dans un livre percutant « Afrique, pillage à huis clos... », M. Xavier Harel a donné son analyse à ce sujet. Sauf que cette fois-ci, à Cannes, c'était une réunion au cours de laquelle le président Chirac a voulu dire, non pas adieu, mais « AU REVOIR » à ses connétables et ses baudets. <o:p></o:p>

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    Pour ma part, les sommets France-Afrique, ce sont des messes entre complices pour une meilleure organisation du pillage de l'Afrique, des génocides et des crimes contre l'humanité impunis.<o:p></o:p>

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    Kpz : L'Afrique peut-elle s'attendre à une refonte générale de ses relations ambiguës avec la France, après ces prochaines élections présidentielles ?<o:p></o:p>

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    J-C M-MB : S'attendre ? A quoi ? De qui doit-elle « ATTENDRE » ? Il ne faut pas oublier que la  dialectique « Gauche-Droite » est une affaire franco-française. Lorsqu’il s’agit des intérêts de la France à l’extérieur de son périmètre, il n’y a plus de gauche, il n’y a plus de droite. Ne nous laissons pas berner par des illusions sans lendemain, c’est perdu d’avance. Souvenez-vous des        « Servitudes du Pacte colonial », dans un livre du président Mamadou Koulibaly, qui organisent et consacrent le pillage dit légal (?) de l'Afrique. C'est à l'Afrique, aux Peuples africains de se battre pour recouvrer sa liberté. Elle ne leur sera pas octroyée. Il faut que les Africains commencent par remettre en cause les accords dits de « COOPERATION » signés depuis 1960 par M. Michel  Debré et les premiers Chefs d'Etat des différents pays africains, colonies françaises. Il y a aussi le cordon ombilical : le Franc CFA. Aucun Etat souverain, digne de foi, ne peut vivre avec une monnaie prêtée.<o:p></o:p>

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    Seulement voilà : Pour ceux qui ne le savent pas, le président Youlou est tombé en 1963 pour avoir dénoncé ces accords en 1961 à la tribune des Nations Unies. Le président Massamba-Débat est tombé, et en est mort de façon très atroce et inhumaine, pour avoir voulu remettre en cause les mêmes accords. Le président Marien Ngouabi est mort, assassiné, lui aussi pour s'être interrogé sur le bien fondé de ces accords qui ne laissent rien aux pays détenteurs et producteurs des richesses tant convoitées pour lesquelles nous mourons tous. Le président Laurent Gbagbo a eu des ennuis pour avoir, lui aussi, osé braver ces accords. Ils sont très meurtriers. Vous trouverez les extraits de ces accords prétendus et leurs commentaires dans le Site internet d'africa-humanvoice.org ou dans celui de congo-mikale.org. Si le texte est le même, ce qui diffère, ce sont les dates et les noms des signataires côté Afrique.<o:p></o:p>

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    Kpz : Vous avez le dernier mot pour conclure...<o:p></o:p>

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    J-C M-MB : Le dernier mot ? En l'état actuel des choses et de la situation catastrophique du pays, eh bien, je crois que le dernier mot revient au peuple congolais, seul, lui qui vit au quotidien les affres de la « MAL GOUVERNANCE ». Lui qui n'a pas d'électricité, lui qui n'a pas d'eau potable, lui qui ne peut plus se faire soigner, lui qui ne peut plus envoyer ses enfants à l'école, lui qui ne peut plus manger à sa faim, lui qui voit s'effondrer ses maisons, lui qui voit partir ses enfants dans des conditions atroces et inhumaines, lui qui manque de tout. <o:p></o:p>

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    Combien de charniers y a-t-il au Congo ? Combien de disparus ont été retrouvés, ne serait-ce que les restes de leur corps ?<o:p></o:p>

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    Je suis donc très mal placé pour lui donner des conseils. Je suis issu de ce peuple qui trinque, qui en bave. J'en suis une partie intégrante, et mon cœur saigne rien que de penser à tout cela. Si je pouvais faire un miracle... !<o:p></o:p>

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    Mais, malgré ce que je viens de dire, je ne peux m’empêcher d’ajouter qu’il se pose aujourd’hui le problème de la culpabilité ou de l’innocence des faillis. Car, comme je l’ai écrit dans mon livre,  certains semblent oublier, en paraphrasant Hannah Arendt, que le problème de la culpabilité ou de l’innocence de l’individu, de la justice rendue à l’accusé et à la victime, sont les seules choses qui comptent dans un procès criminel.<o:p></o:p>

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    Nous sommes donc invités à ne pas faire l’impasse sur les victimes et les réparations qui leur sont dues. Les victimes sont souvent l’honneur de la Société. On ne peut donc rendre hommage aux victimes sans condamner les exécutants et leurs collaborateurs, c’est-à-dire les bourreaux et les commanditaires. Il serait donc malsain et ignoble de demander à tout un peuple “l’oubli” de tous les crimes commis par le système inhumain en place depuis 1997.<o:p></o:p>

     <o:p></o:p>

    Vous savez, à propos de l’oubli, s’agissant de l’affaire Touvier en France par exemple, en avril 1992, le Cardinal Decourtray s’était exprimé en ces termes : ”L’oubli alimente le ressentiment. C’est le contraire du pardon qui ne va pas sans l’aveu”. Dans le cas de notre pays, le Congo-Brazzaville, la réparation morale et matérielle, due aux victimes, réparation dont le possible repentir du coupable ne saurait dispenser, n’a pas eu lieu. C’est un peu comme si les victimes étaient une seconde fois niées dans leurs droits au respect et à la dignité, ou plus simplement encore à la vie.<o:p></o:p>

     <o:p></o:p>

    Nous sommes entrés dans l’Histoire, celle qu’on a l’obligation d’écrire et que l’on doit tout d’abord à ceux qui en furent les acteurs. Car ”la Nation a besoin de connaître la vérité, sa propre Histoire. Dans le cas où l’impunité survient en hâte, tel est le cas au Congo-Brazzaville, et permet d’esquiver ce travail nécessaire, des pages entières du passé sont arrachées et l’identité est affectée”.<o:p></o:p>

    <o:p> </o:p>

    En France, parce que le procès du régime de Vichy n’a pas vraiment eu lieu et que l’on a voulu oublier trop vite cette sombre période, sous prétexte de la réconciliation nationale, la justice a été promue comptable de l’Histoire et l’on assiste à une dangereuse confusion entre la droite et la mémoire. C’est donc dire que « (...) L’amnistie est un rendez-vous manqué de la mémoire nationale », avait dit  Henri Rousso, à propos des lois d’amnistie de 1951 en France. <o:p></o:p>

    <o:p> </o:p>

    Certes, il faut pardonner. Mais le pardon met à nu l’existence de la souffrance, de l’injustice. Il suppose une relation restaurée, transformée, entre victime et coupable, c’est pourquoi on peut dire que seule la victime est en droit, en position de pardonner.<o:p></o:p>

     <o:p></o:p>

    Certes, le pardon n’excuse rien, mais il libère la victime de l’obsession, de son tourment et du ressentiment, tandis que le coupable est appelé à se transformer après s’être repenti (s’il en est capable). C’est donc l’offensé qui prononce le pardon. A ce propos, je reprends le propos du  professeur René Rémond qui avait écrit d’ailleurs avec justesse : « Il n’y a de pardon authentique que dispensé par qui a été offensé ou maltraité et en réponse à un aveu sincère, accompagné d’un vrai repentir (...), sinon c’est confondre miséricorde divine avec le pardon d’homme à homme ». <o:p></o:p>

     <o:p></o:p>

    Tout homme a droit à l’erreur et s’il agit avec intime conviction, sincère, cette attitude diminue sa culpabilité. Erreur de jugement ou culpabilité de comportement ? Seule la Justice peut répondre, et il est inadmissible de s’y soustraire. <o:p></o:p>

    <o:p> </o:p>

    Certains actes sont prescrits par le droit et la morale : ainsi la torture et les exécutions sommaires, la discrimination raciale, ethnique, clanique, les prises d’otages, les arrestations arbitraires et les emprisonnements sans jugements. Ce sont là des interdits. Or, accorder l’impunité aux tortionnaires, n’est-ce pas banaliser la torture ? <o:p></o:p>

    <o:p> </o:p>

    En revanche, établir les faits et les responsabilités en toute vérité et justice consiste à semer les graines d’une éducation aux Droits de l’homme qui s’appuie sur la responsabilité individuelle et collective. Cette dernière n’innocentant pas la première.<o:p></o:p>

     <o:p></o:p>

    En conclusion, une fausse paix qui laisse couver sous la cendre les restes encore vifs d’une idéologie perverse est plus dangereuse que l’affrontement et la contradiction.<o:p></o:p>

     <o:p></o:p>

    Kpz : Merci encore une fois...<o:p></o:p>

     <o:p></o:p>

    J-C M-MB : C'est moi qui vous remercie de tout coeur de m'avoir donné cette opportunité.<o:p></o:p>

     <o:p></o:p>

    Propos recueillis par André Patrick Tchissambou, le 13 mars 2007, pour Kimpwanza (http://www.kimpwanza.org).<o:p></o:p>

    <o:p> </o:p><o:p> </o:p>

    <o:p> ==============================</o:p>

    Cf. : <o:p></o:p>

    -        Africa Human Voice International : http://www.africa-humanvoice.org/afrique<o:p></o:p>

    -        Congo-Mikale : http://www.congo-mikale.org<o:p></o:p>

    <o:p> </o:p>

    <o:p> ========================</o:p>

     
    "L'ascension sociale se faisant sans échelle, ceux qui se dégagent et s'élèvent ne peuvent que monter sur les épaules et sur la tête de ceux qu'ils enfoncent.." (Lanza Del Vasto).

     


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  • CONGO-BRAZZAVILLE  : Entretien à propos de l'Oppostion congolaise.

     

     

    INTERVIEW de Jean-Claude MAYIMA-MBEMBA

    Accordée à Kimpwanza, à Paris, le 15 août 2006

     

     

    KIMPWANZA : M. Jean-Claude MAYIMA-MBEMBA, vous êtes l'un des principaux acteurs politiques congolais à l'étranger. Quels sont vos rapports personnels avec le MCDDI, étant donné que votre parti a quitté les deux plateformes de l'opposition (le CODE A et la CODESA) pour faire allégeance au pouvoir inconstitutionnel ?

     

      <script></script>

    JEAN-CLAUDE MAYIMA-MBEMBA : Je vous remercie de m'accorder cet instant et cet espace pour vous donner mon avis, mon point de vue.

     

    Vous me posez ici une double question. Je vais essayer d'y répondre en deux parties.

     

    1) - Je suis toujours membre du MCDDI et membre du Bureau Exécutif National ( B.E.N.). Je suis Secrétaire national chargé des Relations avec l'Union Européenne. Mais, voyez-vous, comme tout parti politique ouvert, le MCDDI n'est pas un parti à CERVEAU UNIQUE. Il n'a jamais été dit dans ce parti que personne n'a le droit de s'exprimer librement tant qu'on n'injurie personne. Ma prise de position de ce jour n'engage nullement le MCDDI. C'est en citoyen Congolais et ressortissant du Pool que je m'exprime, en toute liberté.

     

    2) - Le MCDDI fait toujours partie de l'opposition. Mais dans le cas d'espèce de ce parti, les raisons de son départ du Code A et de la CODESA sont simples. Le MCDDI est l'un sinon le principal parti politique qui, durant des décennies, a été voué à la mort, à la disparition totale, avec toutes les persécutions de ses membres que l'on sait. Tout a été fait pour que cela se passe ainsi. Dans l'état où il se trouve, totalement désorganisé, à dessein d'ailleurs, il lui est pour le moment pratiquement impossible de faire face aux devoirs qu'impose une opposition crédible, fiable et solide. Le principal souci du MCDDI, pour le moment, est d'abord de s'organiser, de remettre en place ses structures de base disloquées pour les raisons que tout le monde connaît. <script></script>

     

     De là à dire que le MCDDI ou son président fait allégeance au régime en place, c'est peut-être, si je puis me le permettre, un peu mettre la charrue avant les boeufs, c'est peut-être aller trop vite en besogne. Ce n'est pas parce que le MCDDI ne fait plus partie du CODE A ou de la CODESA que du coup il a basculé chez l'autre. Détrompez-vous. Le Congo a des problèmes, de très sérieux problèmes. Ce n'est ni le CODE A, ni la CODESA, tout seul, qui les résoudra. C'est la somme de toutes les énergies nationales qui en viendra à bout. Pour exemple : Le CERNON du général Ngouelondele, à ma connaissance, n'est membre ni du CODE A ni de la CODESA.

     

     Pourrons-nous nous permettre de dire que le CERNON ne compte pas dans l'opposition ? Le MCDDI, pour ma part et jusqu'à preuve du contraire, n'a pas fait allégeance au régime en place. Il peut tout au moins discuter, dialoguer avec lui pour essayer de trouver les remèdes applicables à l'état de délabrement que connaît notre pays. Comme un malafoutier qui a perdu son couteau et qui le recherche dans tous les coins et recoins, le MCDDI est donc un parti qui, comme d'autres, travaille pour cette quête de paix que le peuple congolais, dans son ensemble, souhaite vivement. C'est pourquoi je dis qu'il est certainement prématuré de spéculer là-dessus. Laissons cette idée d'allégeance aux oiseaux de mauvais augure. Laissons le temps au temps. <script></script>

     

     

    KIMPWANZA : Nous connaissons vos nombreuses prises de position sur la situation politique qui prévaut dans votre pays, la République du Congo. Aujourd'hui, l'ancien Premier ministre, M. Bernard Kolélas, président de votre parti, le MCDDI, n'est plus en exil. Pensez-vous qu'avec son retour à Brazzaville, la paix est revenue au Congo ?

     

     

    JCMM : Personne n'ignore les conditions dans lesquelles le Premier ministre Bernard Kolélas est rentré à Brazzaville. Ce retour n'est pas à l'actif volontaire des autorités de Brazzaville. Il est dû à un concours de circonstances douloureuses, même si les autorités de Brazzaville ont joué le jeu dit "humaniste". Ce qui n'est pas mauvais en soi. Quant à savoir si la paix est revenue dans le pays avec le retour à Brazzaville du premier ministre Bernard Kolélas, c'est à voir, car les cartes ne sont pas dans les mains du Premier ministre Bernard Kolélas.. Je m'explique <script></script>

     

    Je connais le Premier ministre Bernard Kolélas. Tout le monde au Congo connaît la motivation de l'homme et ce qui l'anime. Oui, son credo c'est la Paix. Mais, il faut au minimum être deux pour faire la paix. M. Bernard Kolélas, lui, tout seul, ne peut et ne pourra pas la faire si ceux d'en face ne la veulent pas. Aujourd'hui, tous les exilés sont encore à l'étranger. Tout le monde réclame l'organisation d'un CARREFOUR NATIONAL. A mon avis, le message ne semble pas être entendu.

     

     

    KIMPWANZA : A votre avis, c'est encore loin et peut-être hypothétique cette paix tant souhaitée, réclamée et attendue par tous les Congolais ?

     

    JCMM : L'opinion nationale, voire internationale, est unanime. Le pays va mal, très mal : mauvaise gouvernance, mauvaise gestion, corruption à outrance, enlèvements, tentatives d'assassinats et assassinats très subtiles soit par empoisonnement, soit par des groupes dits "incontrôlés" de type "Tonton Macoutes", etc. Dans ces conditions, je ne sais pas si la paix est revenue au Congo. Ce n'est pas parce que les armes se sont tues que la paix est là. Il y a plusieurs moyens pour continuer à faire la guerre aux populations congolaises. Ces moyens sont incolores et surtout inodores. On peut continuer de massacrer en masse par la faim, par la soif, par la privation des soins médicaux, par la privation de l'accès au SAVOIR, à la CONNAISSANCE. <script></script>

     

    Ce sont là aussi des armes de guerre très subtiles, quoi qu'on en dise. Par exemple, les écoles, les dispensaires, les centres médicaux, les églises et autres infrastructures comme les routes, les ponts bombardés entre 1997et 2004, ont-ils été réhabilités, restaurés, reconstruits ? Jamais. Alors, de quelle paix peut-on parler ? Le régime en place a-t-il la volonté politique de réparer ses fautes ? Est-il prêt et capable de s'amender ? Sans quoi, je demeurerai très sceptique sur la question. Il faut aimer ce pays pour penser à la paix. Mais l'avenir nous le dira.

     

     

    KIMPWANZA : Pourquoi êtes-vous sceptique ?

     

    JCMM : Lorsque des hommes qui disent aimer leur pays, et au grand mépris des vies humaines, importent des troupes étrangères, recrutent des mercenaires de diverses nationalités et leurs supplétifs, lesquels n'ont jamais quitté notre pays, uniquement pour reconquérir le pouvoir perdu à la régulière et ont pour seul programme que faire la chasse à leurs compatriotes qu'ils traitent de rats, d'où l'expression <script></script> "ratisser mètre carré par mètre carré" et toutes ces guerres qui s'en sont suivies, il est difficile et impensable que de tels hommes puissent aspirer à la paix. Leur seule loi, c'est la barbarie, la bestialité, la violence. Donc le crime impuni. Je pense aux Défenseurs des Droits de l'homme que sont MM. Mounzéo et Makosso auxquels on a collé la fallacieuse accusation de détournement de fonds, parce qu'ils ont commis le crime de lèse-majesté d'avoir osé interpeller les gouvernants du Congo sur la transparence des revenus pétroliers du pays. Mais, voyez-vous, le ridicule ne tue pas. Ce sont ceux qui pillent le pays de façon très éhontée qui se dressent en justiciers, alors que c'est eux qui écument les paradis fiscaux. Ce n'est pas moi qui l'ai déclaré ou avoué. Cet aveu est de M. Isidore Mvouba, le Premier ministre inconstitutionnel.

     

     

    KIMPWANZA : Expliquez-vous sur le terme inconstitutionnel. Que voulez-vous dire par là ?

     

    JCMM : C'est très clair. La constitution en vigueur aujourd'hui dans le pays n'est pas héritée d'un autre régime. Elle est bien taillée à la mesure du personnage qui l'a voulue ainsi. M. Sassou Nguesso. Dans cette constitution, il n'est prévu nulle part, la création d'un Premier ministre. En plus d'avoir violé sa propre constitution, M. Sassou Nguesso est coupable de parjure. <script></script>

     

     

    KIMPWANZA : Vous venez de dresser un tableau très sombre de votre pays. Qu'est-ce qui manque alors ?

     

    JCMM : La volonté politique. Il faut vraiment aimer ce pays pour réparer le mal qui lui a été fait. A l'instant présent, on a l'impression d'être en face des individus venus d'ailleurs, d'un autre monde, d'une autre planète. Une sorte d'extra-terrestres. Même les colons français n'ont pas fait ce qu'on est en train de faire à ce pays et à son peuple. Pour ma part, je n'attends rien de ces hommes qui disent gouverner le Congo. Cependant, une seule chose est sûre : "Un peuple longtemps brimé, longtemps martyrisé et qui n'attend plus rien de personne, finit toujours par se révolter, tôt ou tard. Ce jour là, plus rien ni personne ne pouvant le contrôler, il s'en prend d'abord à l'objet réel de ses malheurs, avant de se retourner, si nécessaire, contre ses propres leaders". Il y a donc de quoi faire très très attention. Le peuple congolais n'est pas fini, il n'est pas écrasé pour autant, contrairement à ce que pensent ou s'imaginent certains. Il vaut mieux  éviter l'hécatombe. Attendre ou laisser pourrir la situation sera dangereux pour ceux qui misent sur cette solution. <script></script>

     

     

    KIMPWANZA : Le régime de Brazzaville n'a jamais reconnu la légitimité de M. Bernard Kolélas comme Premier ministre. Qu'en dites-vous ?

     

    JCMM : D'abord c'est de l'histoire ancienne. Mais puisque vous voulez connaître mon point de vue à ce sujet, permettrez que j'en dise quelque chose.

     

    M. Bernard Kolélas avait été nommé Premier ministre par un Président de la République élu au suffrage universel. M. Sassou et son parti avaient très largement contribué à l'élection du président Lissouba, lequel tirait sa légitimité de la Constitution de 1992 adoptée par le Peuple congolais par voie référendaire. Quoi de plus normal ! M. Bernard Kolélas ne tenait pas sa légitimité de Premier ministre de la main d'un homme arrivé ou revenu au pouvoir la violence, la guerre, le crime tous azimuts. Non plus, sa légitimité ne reposait pas sur une Constitution bancale, violée par ceux qui l'on imposée à tout le pays et qui, jusqu'à ce jour dans ses dispositions, ne prévoit nulle part le poste de Premier ministre. Et pourtant il y en a bien un au Congo, un Premier ministre. Qui donc, de M. Bernard Kolelas et de l'autre a été ou est plus légitime, quand on sait que celui qui a nommé M. Isidore Mvouba, Premier ministre, a été élu (?) en 2002 avec une sommation des résultats de 100,1% de suffrages au lieu de 100% ? <script></script>

     

    C'est ici et devant un cas aussi flagrant que le président de la Cour Suprême de l'époque aurait proclamé l'invalidité du scrutin et aussi déclaré comme anticonstitutionnelle, la nomination d'un premier ministre par le même homme issu de l'usurpation, et prévu nulle part par aucun texte qui, lui-même, a été violé de façon très éhontée. Ce n'est pas le Peuple congolais qui doit en rougir de honte, ce sont plutôt ceux qui ont prêté mains fortes à cet homme, qui est en train de broyer le pays, qui devraient avoir à réfléchir sur leur choix. Bien entendu, s'ils ont encore un brin de dignité humaine, à moins qu'ils soient des requins, des rapaces, des vautours et des charognards.

    S'il vous plaît, passons à autre chose.

     

     

    KIMPWANZA : Il s'est tenu à Versailles, un Conclave organisé et présidé par l'ancien chef des Services Spéciaux du Congo, le Général Emmanuel Ngouelondele Mongo, contre son ancien patron le Général Denis Sassou Nguesso, Président de la République du Congo. Qu'en pensez-vous ?

    <script></script>

    JCMM : Vous savez, le Congo est à la croisée des chemins. Aujourd'hui, plus besoin de le rappeler, le Congo est par terre, ruiné. Tout a été saccagé, détruit, démoli dans tous les domaines. Aucun secteur de la vie active n'a été épargné. Les caisses de l'Etat sont pillées, dévalisées éhontément ; la sacralité de la vie humaine est bafouée quotidiennement. Des femmes, des hommes, des jeunes, des enfants en bas âges jusqu'au vieillards ont été violés, massacrés, sans états d'âme, par des troupes   et milices aux ordres des hommes sans foi ni loi.

     

    Longtemps, très longtemps, le peuple congolais a attendu qu'un ou des éléments issus du sérail se lèvent et disent enfin "NON, ÇA SUFFIT". Mieux vaut tard que jamais dit-on, voilà qu'un des fils du pays et pas des moindres, en dépit de ses rapports familiaux avec l'homme au pouvoir et des conséquences que tout cela impliquent, s'est levé et a dit : "NON, ÇA SUFFIT". C'est là un ACTE majeur qui ne doit pas passer inaperçu, nous laisser indifférents, et que les Congolais ne doivent pas apprécier du bout des lèvres. Car, au jour d'aujourd'hui, à moins de se masturber l'esprit, aucun homme seul, aucune région seule, aucune tribu seule, aucune ethnie seule, aucun parti politique seul, ne peut plus prétendre en finir avec le système de l'indignité nationale en place dans notre pays, SEUL, sans une coalition nationale.

    <script></script>

    Le réveil et la prise de conscience du général Ngouelondele Mongo, qui a longtemps été l'un des principaux dirigeants de la synarchie encore au pouvoir à Brazzaville, devraient interpeller tous les Congolais, indifféremment de leurs origines ethno-tribales.

     

    Pour ma part, je pense simplement que l'heure devrait être au rassemblement, à la conjugaison des forces et des énergies, indifféremment de nos familles politiques respectives, pour aller vers la REFONDATION de la Nation, de la République ; l'heure devrait être au regroupement et au rassemblement des femmes et des hommes de bonne volonté, profondément patriotes, pour mettre un terme à la barbarie et à cette folie meurtrière.

     

     

    KIMPWANZA : Récemment, il s'est aussi tenu à Paris un Colloque sur la Région du Pool. Quelle est votre appréciation de l'initiative ?

     

    <script></script> JCMM : Chez nous au Congo, particulièrement dans la région du Pool dont je suis issu, un proverbe dit : "Lorsqu'un malafoutier (récolteur de vin de palme) perd son couteau, il est obligé de le chercher dans tous les coins et recoins". Ceci dit, je ne peux qu'applaudir à cette initiative en espérant qu'elle apportera quelque chose de positif, surtout de constructif.

     

    Vous savez, il faut d'abord balayer devant sa propre porte avant d'aller chercher de l'aide et du réconfort auprès de l'autre. Comment peut-on aller s'asseoir autour d'une table avec nos autres compatriotes qui souffrent autant que nous, si nous y allons en ordre dispersé et si nous n'avons pas, auparavant, aplani nos propres contours ou divergences ?

    Cette région, le Pool, comme toutes les autres d'ailleurs, appelée, pudiquement aujourd'hui, "Département", peut-être pour mieux camoufler le caractère et les pratiques systémiques d'apartheid basés sur la discrimination et la ségrégation ethniques et tribales que lui applique un régime venu d'ailleurs et mis en place par le biais du coup d'Etat du 5 juin 1997, a toujours été et depuis bien longtemps, le théâtre et victime de bien de tribulations.

     

    C'est dire que le destin de cette région est écrit avec le sang. Mais le calvaire de la région du Pool a pris une tournure beaucoup plus dramatique à partir de 1968, année d'accession au pouvoir au Congo-Brazzaville du Conseil national de la révolution (CNR), ancêtre du Parti congolais du travail (PCT), dont les principaux dirigeants sont les actuels gouvernants du Congo. <script></script>

     

    Aussitôt parvenus au pouvoir, les complots imaginaires et les massacres humains ne se comptent plus. Avec eux, la privation des droits humains les plus élémentaires. La prédation de vies humaines dans cette région deviendra plus virulente et répétitive, et s'accélérera à partir de 1970 ; chaque fois à l'issue de coups d'Etat plus ou moins vrais, supposés ou imaginaires, mais toujours attribués aux cadres civils et militaires ressortissants de la région du Pool. En tout cas, au Congo post-indépendance, il n'y a pas une région qui voit "partir" ses enfants de façon aussi brutale, tragique et dramatique que celle du Pool. Ils sont purement et simplement suppliciés !

     

    Les guerres successives, savamment préméditées, bien calculées et très méthodiquement mûries, d'une intensité jamais connue avant 1993, à l'actif des pouvoirs par procuration établis dans le pays, ravagent cette région. Aussi, en raison de l'omerta du système PCT, ailleurs et vues de loin, ces guerres sont regardées et assimilées à des guerres civiles ou inter-ethniques. Ce qui n'en est nullement le cas, car une guerre civile ou inter-ethnique suppose l'affrontement de deux voire plusieurs ethnies ou tribus. Or dans le cas d'espèce du Congo-Brazzaville, quant à la région du Pool, c'est le pouvoir établi qui chasse sur les terres de celle-ci pour y prélever ses "gibiers". Ainsi les populations civiles, abandonnées par tous, y compris la communauté internationale, et livrées à elles-mêmes, y sont systématiquement devenues les victimes expiatoires d'un système politicien inhumain de type stalinien - avec des pratiques héritées certainement de feu Ceaucescu -, mis en place dans le pays avec l'aide de l'étranger. <script></script>

     

    Volonté délibérée d'exterminer, d'anéantir, faisant partie d'un plan concerté et mûri de longues dates ou méthode préméditée pour asseoir "son autorité" (politique ?) aux fins de l'écrasement de l'autre ? La question reste posée. Cependant, et c'est le moment de l'affirmer, il s'agit là d'une hégémonie basée sur un critère purement tribal ayant pour conséquence l'extermination totale d'un peuple et donc aussi l'annihilation de la culture kôngo. Tel est le pan de l'histoire dont les experts auront plus tard à démêler les écheveaux.

     

    Dans Barbarie et folie meurtrière au Congo-Brazzaville - Un châtiment collectif pour appartenance ethnique par exemple, Krysis Kilokila-Kiampassi dissèque le quotidien des populations du Pool oubliées et abandonnées à leur sort. (1).

     

    Dans cette trame tragique et dramatique, il y a aujourd'hui d'un côté, une résistance qui n'a pas eu, me semble-t-il, assez d'autorité pour contrôler ses éléments devenus indisciplinés et donc en proie à l'anarchie. De l'autre, un régime issu d'un coup d'Etat, né du sang, qui n'arrive pas à se surpasser, incapable de canaliser les excès de ses "hommes", de se "civiliser", d'asseoir l'Etat de Droit, de réconcilier véritablement le peuple congolais avec lui-même. Mais au contraire, c'est dans un flot de sang qu'il conduit les Congolais, tous les Congolais, vers une destinée inconnue. Ce régime y trouve donc une réelle délectation, sinon il aurait tout fait pour stopper net ces "dérapages" (sic). <script></script>

     

    En conséquence, au regard de ce qui précède, il convient donc d'affirmer ici que, par manque d'un plan pour une concorde nationale, les gouvernants de Brazzaville ne doivent leur vie et leur survie qu'à travers une politique de répression aveugle sans laquelle ils n'auraient plus aucune existence.

     

    En tout cas, ce "châtiment collectif pour appartenance ethnique" infligé à la population du Pool est la preuve, sans appel, que le régime de Brazzaville masque ses limites, ses insuffisances, et donc son incapacité à gouverner le pays et, partant, à insuffler une dynamique pour sortir le pays du chaos dans lequel il l'a plongé.

     

    Ceci dit, longtemps, très longtemps et toujours, les populations du Pool ont été manipulées. On a tout fait pour présenter les ressortissants du Pool comme différents les uns des autres :

     

    - que tel est Sundi ;

    <script></script> - que tel autre est Lâri ou Kongo ;

    - qu'ils n'ont rien de commun et en commun ;

    - que donc rien ne les unit.

     

    Cette distinction ou différenciation des uns et des autres qui repose sur le principe bien connu de "DIVISER POUR REGNER" a fait que la région, intra muros, a vécu et vit encore à ce jour sous des tensions opposant les uns aux autres, chacun rejetant ou repoussant l'autre, à la grande satisfaction des manipulateurs. Et l'homme du Pool est tombé bêtement, très facilement dans ce piège infernal, implacable et infâme. Parce que, retenons-le, le drame, la tragédie de la région du Pool trouvent ses racines dans cette médiocrité. Alors, à tous les ressortissants de la région de prendre conscience et de saisir cette chance pour nous retrouver avec nous-mêmes et, par la même occasion, balayer devant notre propre porte.

     

     

    KIMPWANZA : Que dites-vous du transfert des restes de Pierre Savorgnan de Brazza d'Alger à Brazzaville ? <script></script>

     

    JCMM : S'agissant de l'exhumation et du transport des restes de Pierre Savorgnan de Brazza d'Alger à Brazzaville, sans doute pour une meilleure sépulture, humainement parlant et du point de vue historique, cela n'est pas une mauvaise chose. Mais, sur le plan purement politique, je dirais que le Peuple congolais n'est pas en quête d'ancêtres. Et s'il y a un événement auquel les congolais participeraient très activement, ce sera sans nul doute celui du jour où la France (Etat) ouvrira le pan historique, resté obscur et secret à ce jour, concernant tous les suppliciés du Congo, et qu'elle leur remettra leurs dossiers, afin qu'ils sachent tous pourquoi. Car, jusqu'au jour d'aujourd'hui, l'Etat français refuse d'assumer son passé, un pan de son Histoire, si honteux soit-il.

     

    Ainsi donc, laissons à ceux qui sont en mal d'ancêtres se reconnaître en celui-là, Pierre Savorgnan de Brazza qui, lui-même, était un immigré au service de l'Etat Français. Peut-être, et pourquoi pas, y trouvera-t-il enfin la paix, en terre congolaise, surtout en cette période où l'Etat français   -  comme pendant la IIIème République qui avait fait imprimer des timbres-poste sur lesquels il avait été écrit : "Sauvons la race"  -,  est en train de promulguer des lois iniques contre ceux qui ne ressemblent pas aux Français de souche. <script></script>

     

    Ceci dit, les Congolais s'en réjouiraient beaucoup plus aujourd'hui si c'était, et ne serait-ce que cela, les corps de tous les suppliciés dont on n'a jamais de tombes connues et ceux des "Disparus et suppliciés du Beach" qui étaient rendus à leurs familles.

     

     

    KIMPWANZA : Le président Sassou Nguesso est président en exercice de l'U.A. Pensez-vous qu'il réussira là où d'autres ont échoué ?

     

    JCMM : Je vois où vous voulez en venir. Il y a les dossiers de la Côte d'Ivoire, du Soudan, de la République Centrafricaine, du RDCongo, etc. Trop à la fois pour un seul homme. Mais, voyez-vous, comment peut-on se permettre d'aller donner des leçons de démocratie, de paix et de bonne gouvernance à d'autres quand on est arrivé soi-même au pouvoir dans des conditions inacceptables et indignes ? Comment cela peut-il être possible quand on refuse de balayer devant sa propre porte ? Comment peut-on aller prêcher la "BONNE NOUVELLE", parler de paix chez certains quand on est incapable ou qu'on refuse de la restaurer chez soi ? Mais espérons qu'il apportera mieux à d'autres et aux autres que chez lui-même. J'en serais très ravi pour eux. <script></script>

     

     

    KIMPWANZA : Pour conclure, que diriez-vous à vos frères Africains en général et à vos compatriotes Congolais en particulier ?

     

    JCMM : Je n'ai pas deux messages à adresser aux uns et autres. Mon message est simple. Aux uns et aux autres d'y réfléchir : Il n'y a pas que l'arme à feu pour exterminer un peuple. Il y a les armes de la faim, de la soif, de l'école, des soins médicaux, etc. Réfléchissons-y.

     

    "La Paix, la Liberté, la Démocratie, le Droit à la Vie et la Dignité humaine ne sauraient être, comme une chasse gardée, un monopole et un luxe réservés spécialement à une certaine sphère".

     

     

    <script></script>

    Propos recueillis par André Patrick Tchissambou pour Kimpwanza ( http://www.kimpwanza.org)

     

    ------------------------------<wbr>------------------------------<wbr>----------

     

    (1) - Krysis Kilokila-Kiampassi, Barbarie et folie meurtrière au Congo-Brazzaville - Un châtiment collectif pour appartenance ethnique, Ed. L'Harmattan, Paris, 2005. - ISBN : 2-7475-8410-0


    ===================

    "L'ascension sociale se faisant sans échelle, ceux qui se dégagent et s'élèvent ne peuvent que monter sur les épaules et sur la tête de ceux qu'ils enfoncent.." (Lanza Del Vasto).

    <script></script>

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  • « On ne lutte pas contre l'émotion d'un peuple avec des blindés » (Jacques Chirac).
    « Plus un ordre viole la nature, l'habitude et la norme, et plus l'usage de la violence
    lui est indispensable »
    (Lanza Del Vasto)
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    France/Congo-Brazzaville : <o:p></o:p>

    "Disparus du Beach" : Affaire Ndengue<o:p></o:p>

    DIPLOMATIE DU VENTRE
    ou la politique de prédation
    et de domination esclavagistes
    sur fond de crimes contre l'humanité
    ( LE DENI DE JUSTICE )
    <o:p></o:p>

    <o:p> </o:p>

    <o:p> </o:p>

    1 - Il y a quelques semaines, un flic congolais (Brazzaville) dit de haut rang a été épinglé, arrêté à Paris par la justice française pour "Crime contre l'humanité" suite à une plainte déposée par des familles de victimes, la FIDH et l'OCDH dans le dossier des "Disparus du Beach" de Brazzaville en 1999. Ce flic aussitôt arrêté a vite été remis en liberté et a pu rejoindre son pays, sans qu'il ait été assigné à résidence surveillée, encore moins mis sous contrôle judiciaire. Dans cette affaire, la politique du ventre dite politique de la C.A.C. (Cupidité-Avidité-Concussion) a été respectée et appliquée par la France. Motif : immunité diplomatique.<o:p></o:p>

    <o:p> </o:p>

    Qu'à cela ne tienne, la première question qui se pose est celle-ci : Monsieur Ndengue, quoi que Directeur Général de la Police nationale congolaise, avait-il droit à un passeport diplomatique ? <o:p></o:p>

    2 - Il y a quelques années, si notre mémoire est bonne, un Ambassadeur d'un pays africain (Zaïre), en poste à Paris, avait eu la malchance de causer un accident qui avait entraîné la mort involontaire d'un enfant Français, de surcroît Blanc. Le tollé, les levées de boucliers, les vociférations et les pressions avaient été tels que la France eût recours à la levée de l'immunité diplomatique de ce diplomate de haut rang, puisque Ambassadeur accrédité auprès de la République Française. Il fut jugé et condamné, au grand mépris des conventions et règles internationales. Ici, nous sommes donc en face d'une situation typique qui puisse faire jurisprudence.

    <o:p></o:p> 

    3 - Le 23 avril 2004, circulant à 214 km/h, un diplomate du Qatar a été intercepté et s'est vu rappeler par le Quai d'Orsay (ministère des Affaires étrangères) que "les diplomates ont obligation de respecter pleinement la législation en vigueur en France comme le stipulent les conventions internationales". De son côté, le ministre français des Transports a qualifié cet excès de vitesse "d'inadmissible et de révoltant". Ce ministre a ensuite estimé que le conducteur pourrait accepter une "levée volontaire de son immunité" pour "subir la loi commune".

    <o:p></o:p> 

    Dans cette affaire, auparavant, le ministre Gilles de Robien avait déjà déclaré : "Je suis le premier choqué, c'est inadmissible, c'est révoltant. Dans un cas comme ça, on ne peut pas ne pas réagir. On va regarder ensemble quelles sont les suites à donner. Je pense qu'il peut y avoir des gestes volontaires par l'auteur de l'infraction pour sa bonne volonté de vivre en France en respectant les lois", etc. Relevons et notons avec précision qu'ici il n'y a pas mort d'homme. Mais retenons également avec précision que les réactions tant du ministère français des Affaires étrangères que de celles du ministère français des Transports sont sans appel. Le diplomate du Qatar doit subir sa punition, comme cela l'avait été pour l'ambassadeur du Zaïre.

    <o:p></o:p> 

    Au regard de ces deux cas presque similaires, et en comparaison à celui de M. Ndengue qui n'est pas diplomate mais simple fonctionnaire devant avoir droit à un passeport de service, fût-il fonctionnaire de haut rang, il y a une incohérence de comportements, d'appréciation et de réactions de la part des autorités françaises. Les leçons que nous pouvons donc tirer de ces volte-face françaises sont de deux ordres, selon que vous soyez de la catégorie de la race pure, de celle des "affranchis" ou de celle des sous-hommes :

    <o:p></o:p> 

    a) - Si vous commettez un délit sur le sol français, même si vous êtes diplomates et de surcroît originaires d'un pays du tiers-monde, c'est-à-dire des sous-hommes, votre immunité doit être levée immédiatement, car elle perd sa validité, et les conventions internationales en la matière reléguées aux oubliettes.

    <o:p></o:p> 

    b) - Si vous assassinez en masse, par centaines, par milliers des individus dans votre pays et s'ils ne sont pas français, même si plainte est déposée contre vous auprès des tribunaux français, soyez tranquilles, votre immunité sera sauvegardée surtout quand le pays et le régime auxquels vous appartenez sont la vache à lait de l'Etat français. Les autorités françaises feront tout, se plieront en quatre, pour vous sauver. Ici l'immunité diplomatique est sauvegardée et respectée. Personne ne lèvera son petit doigt pour demander la levée de celle-ci. C'est cette règle mafieuse qui a été appliquée, par la France, à M. Ndengue pour n'avoir pas assassiné un Français Blanc et pour n'avoir pas enfreint la loi commune (sic).

    <o:p></o:p> 

    C'est ainsi que les crimes pour lesquels M. Ndengue a été appréhendé et incarcéré, malgré le dépôt de plainte auprès des tribunaux français sur la base de la compétence universelle, n'ont aucune valeur. Les morts sont Africains et surtout Noirs. Ils sont moins que rien. Alors, il n'y a pas lieu d'inquiéter ces "serviteurs zélés" au service de la France pour un baril de pétrole. Ici s'appliquent les écrits contenus dans un livre devenu célèbre : "Le Code Noir".

    <o:p></o:p> 

    D'ailleurs, la presse française ne s'y trompe pas. Ainsi y lit-on :<o:p></o:p>

    - "Le Canard Enchaîné" du 7 avril 2004 : "Chirac se met en quatre pour un policier congolais".<o:p></o:p>

    - "Le Parisien" du 26 avril 2004 : "Le parquet de Meaux au secours du chef de la police congolaise".<o:p></o:p>

    - Etc…<o:p></o:p>

    De l'autre côté, l'un des criminels, le clairon de service Alain Akouala, de déclarer que "la justice française n'est pas compétente pour juger de l'affaire des disparus du Beach". Chose curieuse : quand M. François-Xavier Verschave avait écrit le livre intitulé : "Noir Silence" publié aux éditions Les Arènes en 2000, les mêmes qui ne reconnaissent plus aujourd'hui la compétence des tribunaux français étaient les premiers à saisir cette même justice pour "offense à chefs d'Etat étrangers". A ce moment-là, la justice française était bonne et compétente. Ce qui d'ailleurs donnera naissance à un autre livre aux mêmes éditions sous le titre : "Noir procès". Qu'on le veuille ou non, la France est seule coupable de cette situation si sa "Justice" est dénigrée à ce point et foulée aux pieds par ses connétables et autres baudets.

    <o:p></o:p> 

    M. Akouala qualifie ces assassinats massifs au nombre incalculable de "bavures" (sic). En 1999 (Cf. : Hebdomadaire "Jeune Afrique - actuel "L'Intelligent" - numéro 2022 du 12 au 18 octobre 1999), le Chef du régime de la barbarie, pour reconnaître ses crimes à grande échelle, déclarait : "Je ne nie pas qu'il y ait eu… des bavures et dérapages condamnables de la part de la force publique". Depuis, malgré cet aveu, combien y a-t-il eu de condamnations? A-t-on traduit en justice un seul de ces "dérapeurs"? Alors :

    <o:p></o:p> 

    - Bavures et dérapages, les 500 000 morts programmés depuis longtemps, laissés sur le terrain par les massacres du Sud-Congo, dont une moitié de femmes et d'enfants ?<o:p></o:p>

    - Bavures et dérapages, les milliers de personnes exécutées, après avoir été ramenées de force de la forêt ou de Kinshasa ?

    <o:p></o:p> 

    - Bavures et dérapages, cette décision d'épuration ethnique prise à Oyo en janvier 1998, et exécutée scientifiquement dès avril 1998 ?

    <o:p></o:p> 

    - Bavures et dérapages, ces opérations de ratissages mètre par mètre décidées et annoncées publiquement pour anéantir tout le sud-Congo en général, et la région du Pool en particulier ?

    <o:p></o:p> 

    - Bavures et dérapages, toutes ces fillettes violées devant papa et maman ?

    <o:p></o:p> 

    - Bavures et dérapages, ces opérations sous les noms évocateurs de : "Colombes I et II", "Hérode", "Hadès", "Mouebara", etc. ?

    <o:p></o:p> 

    - Bavures et dérapages, ces centaines de milliers de femmes abattues puis violées ?

    <o:p></o:p> 

    - Bavures et dérapages, ces mines antipersonnelles programmées et disséminées ici et là en vue de l'extermination des populations de la région du Pool ?

    <o:p></o:p> 

    - Bavures et dérapages, l'absence de prisonniers de guerre, tous ceux qui sont capturés vivants ou enlevés étant immédiatement exécutés ?

    <o:p></o:p> 

    - Bavures et dérapages, cet aveu du président Chirac ce jour du 30 juin 1998 à Luanda (Angola) contre lequel le ministre des Affaires étrangères de l'époque, M. Hubert Védrine, dans sa réaction, déclara : "Mais quelle mouche l'a piqué?" (Cf. Le Canard Enchaîné)?

    <o:p></o:p> 

    - Bavures, dérapages et sans doute aussi mensonges, ces nombreux témoignages recueillis par les équipes de Médecins Sans Frontières et rapportés dans leur livre intitulé : "Une guerre contre les civils : Réflexions sur les pratiques humanitaires au Congo-Brazzaville (1998-2000)" ?

    <o:p></o:p> 

    - Etc…

    <o:p></o:p> 

    Or chaque Congolais connaît le mode opératoire du régime de Brazzaville. On tue plus de 500 personnes au Beach de Brazzaville ou ailleurs, puis on achète des Zaïro-Congolais et des Hutu rwandais pour servir de faux disparus dans le but de discréditer l'action judiciaire engagée par la FIDH et l'OCDH. Ce scénario avait déjà fonctionné lors de l'assassinat de Marien Ngouabi, celui du Père Guth et de bien d'autres suppliciés.

    <o:p></o:p> 

    Ici, l'ONU, qui est montrée du doigt et accusée par le régime de Sassou Nguesso, lequel clame haut et fort son innocence pour n'avoir jamais vu ou reçu un seul de ces "disparus" prétendus, se doit de réagir de la façon la plus énergique. Sinon, nous serons dans l'obligation d'accuser le HCR (bureau de Kinshasa) de l'ONU d'avoir assassiné les 500 disparus du Beach, car nous sommes convaincus qu'ils ne se sont pas suicidés.

    <o:p></o:p> 

    Par ailleurs, s'agissant de la France, on ne peut perpétuellement et en même temps prétendre être un Etat de Droit, Patrie des Droits de l'homme, Fille Aînée de l'Eglise Catholique et Apôtre de la Démocratie, tout en sacralisant la diplomatie du ventre et privilégiant la politique de prédation et de domination esclavagistes sur fond de crimes contre l'humanité en Afrique. Oui, c'est vrai, comme nous l'avions lu il y a quelques années dans "Jeune Afrique" devenu "L'intelligent" depuis : "La France est le pilier de nos dictatures en Afrique".

    <o:p></o:p> 

    En conclusion, dans le cas d'espèce de M. Ndengue, l'un des principaux impliqués dans ce dossier de "crimes contre l'humanité", la délivrance de passeports diplomatiques à des individus comme lui, et qui ne les méritent pas parce qu'ils n'en ont pas droit, est devenue une couverture, un moyen d'échapper à la justice française qui agit au nom de la compétence universelle. En règle générale, dans un Etat qui se respecte et digne de foi, M. Ndengue avait droit à un Passeport de Service accompagné d'un Ordre de mission. Point et rien de plus.

    <o:p></o:p> 

    Malheureusement, dans ce pays où la déliquescence de l'Etat n'est plus à démontrer (Cf. : Lettre du Général Ngouelondele, Août 2003), de la même manière que le régime de Brazzaville a distribué comme des petits pains la nationalité congolaise à des Hutus rwandais, Tchadiens et autres Angolais ayant prêté mains fortes à Sassou Nguesso dans le génocide des Kongo du Pool, de la même manière le régime de Denis Sassou Nguesso distribue des passeports diplomatiques à n'importe qui pourvu que celui-ci ait baigné dans les massacres humains qui se perpétuent à ce jour dans la région du Pool. Voyez-vous, même le scribe (nègre) de Sassou Nguesso en bénéficie. Il s'agit de Jean-Paul Pigasse qui, lui-même, a maille à partir avec la justice française, bien qu'il traite les Juges Français de "Petits Juges". Et dans le même temps, discrimination ethnique oblige, les natifs et vrais citoyens Congolais sont privés de Passeport, voire de la Carte Nationale d'Identité, surtout quand on est originaire de la région du Pool.

    <o:p></o:p> 

    C'est pourquoi nous pouvons nous permettre d'affirmer : "Le génocide des Kongo de la région du Pool est l'œuvre de l'Etat français dont le Président Chirac en est l'orfèvre".<o:p></o:p>

    <o:p> </o:p>

    <o:p> </o:p>

    Strasbourg, le 30 avril 2004

    <o:p></o:p> 

    Jean-Claude Mayima-Mbemba

    <o:p></o:p> 


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  • Le principe du pouvoir en Afrique<?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p></o:p>

    <o:p> </o:p>

    <o:p> </o:p>

    En Afrique d'expression française dite aussi "Afrique francophone", le principe du pouvoir est très simple : « Celui qui remue la queue, rampe, lèche les bottes et garantit les "intérêts de la France", celui-là est jugé apte à "gouverner" ses compatriotes ».<o:p></o:p>

    <o:p> </o:p>

    Dès cet instant, le pacte de soumission, d'assujettissement et de réduction de tout un peuple à l'esclavage est signé. Le reste n'est plus qu'une simple formalité, comme l'organisation et la mise en place de la stratégie et de la logistique inhérentes à l'installation de "l'affranchi" qui, pour le fauteuil offert et son maintien à vie dans celui-ci, exécutera impitoyablement, aveuglement, et dans l'impunité la plus absolue, ce que ses maîtres ne pourront ou ne voudront accomplir de leurs propres mains. Dès lors, le cycle de la violence, de la barbarie et de la bestialité est mis en place, à la grande satisfaction des commanditaires et/ou des souteneurs.<o:p></o:p>

    <o:p> </o:p>

    Ainsi depuis des décennies, la France est tombée dans cette bassesse inqualifiable où les crimes de sang, les crimes contre l'humanité et les génocides, à son actif, ne comptent plus. Aussi, ce qui se passe aujourd'hui au en Côte d'Ivoire, comme hier au Rwanda ou au Congo-Brazzaville, voire ailleurs, relève de cette logique, de ce plan macabre éhonté.<o:p></o:p>

    Ici, s'agissant donc de l'Etat français, se justifie ce qu'avait écrit Lanza del Vasto, je cite : "Plus un ordre viole la nature, l'habitude et la norme, et plus l'usage de la violence lui est indispensable" (1).<o:p></o:p>

    <o:p> </o:p>

    Pour preuve, non content de l'existence, au ministère des Affaires étrangères, de la direction des affaires africaines, le palais de l'Elysée dispose et abrite en son sein un département dénommé : "Cellule africaine de l'Elysée", véritable laboratoire de conception, de "faiseurs" et "défaiseurs" de rois en Afrique, et où il n'existe aucune autre cellule par exemple asiatique ou maghrébine, etc., sauf pour l'Afrique Noire, celle des colonies et des compagnies concessionnaires françaises.<o:p></o:p>

    <o:p> </o:p>

    Ce propos, encore une fois, d'aucuns le jugeront sans doute excessif. Peut-être, et qu'en savons-nous ! Mais ce qui est sûr, et ce qui le conforte, c'est la déclaration des Evêques d'Afrique centrale qui, réunis du 15 au 18 février 2000, à Bangui, dans le cadre du Conseil permanent de l'Association des Conférences Episcopales de la région de l'Afrique centrale (ACERAC) qui regroupe les Episcopats du Cameroun, la RCA, le Congo-Brazza, le Gabon, la Guinée Equatoriale et le Tchad, avaient lancé un appel pour que les gouvernements, les hommes politiques et les multinationales cessent d'opprimer les peuples par la recherche effrénée du profit : Je cite :<o:p></o:p>

    <o:p> </o:p>

    "L'exploitation de nos ressources naturelles est devenue la source de notre souffrance. Des nations entières sont mises à feu et à sang dans le seul but de préserver les intérêts de l'un ou de l'autre pays étranger et des compagnies internationales", ont-ils déclaré, tout en ajoutant : "Le tribalisme, le manque de transparence dans la gestion publique, l'égoïsme des responsables politiques, la corruption généralisée, minent les structures des Etats et hypothèquent l'avenir de nos pays et les amènent à corrompre ceux qui doivent décider" (Fides, Rome, 25/02/2000).<o:p></o:p>

    <o:p> </o:p>

    Les différents comportements évasifs et refus de la France observés ces dernières années, voire très récemment, notamment dans les dossiers par exemple de la reconnaissance du génocide arménien (2), ou du procès de Pinochet, etc., relèvent de cette même logique. Comment cela pourrait-il en être autrement dans la mesure où ceux qui doivent reconnaître les génocides ou condamner ces actes ignobles et indignes d'un Etat de droit, sont ceux-là même qui les perpètrent en Afrique ? On ne juge ni ne condamne son complice, son homologue ou son sosie. La France ne le peut donc pas. <o:p></o:p>

    <o:p> </o:p>

    Autre exemple. En dehors de son discours de Luanda, où il s'est félicité de l'œuvre d'extermination des populations du sud au Congo-Brazzaville accomplie par Sassou Nguesso, Dos Santos, Idriss Deby et autres, avez-vous vu le président Jacques Chirac prononcer un seul mot sur le Congo-Brazzaville ? Comment le peut-il puisqu'il en est l'orfèvre ? L'on comprend pourquoi le président Jacques Chirac, le fonceur, le bulldozer, n'a pas pesé de tout son poids dans l'affaire Pinochet. Et pour cause !<o:p></o:p>

    <o:p> </o:p>

    Et donc, à cet égard, il y a lieu de craindre le pire pour nous,  nous pauvres Nègres d'Afrique Noire, qu'on ne considère même pas comme des êtres humains à part entière, par ceux qui commanditent les crimes contre l'humanité et les génocides en Afrique, pour leur seule prospérité, surtout en ces temps de vaches maigres. En effet, comme l'avait dit l'autre : "Tous les hivers, les français n'ont pas froid, a la place de leur pétrole pour lequel ils meurent, le sang des Africains chauffent leurs maisons."<o:p></o:p>

    <o:p> </o:p>

    <o:p> </o:p>

    Si la criminalité est internationale, <o:p></o:p>

    la lutte pour le triomphe du droit l'est aussi (3).<o:p></o:p>

    <o:p> </o:p>

    <o:p> </o:p>

    Lorsque tout un continent comme l'Afrique devient une plaque tournante et un excellent client pour les trafiquants d'armes, il est bien clair que les milieux politiques se sont connectés avec la grande criminalité internationale. <o:p></o:p>

    <o:p> </o:p>

    Quand tout un ensemble de régions comme l'Afrique de l'Ouest ou l'Afrique Centrale tendent à s'installer dans un état de guerre permanent, il est clair que tous ces conflits sont en connexion les uns avec les autres et que les organisations armées, qui se disputent ici et là le pouvoir d'Etat, sont amenées à se nuire ou à s'entraider au gré de la conjoncture créée par leurs combats. <o:p></o:p>

    <o:p> </o:p>

    Quand, enfin, les grandes puissances industrielles étrangères ont, dans ces régions, des intérêts du niveau par exemple du pétrole dans le Golfe de Guinée, il est bien clair qu'elles n'assistent pas les bras croisés à la guerre des clans qui se livre autours de leurs investissements. Chacun choisit les moyens qui lui paraissent les plus aptes à promouvoir ses intérêts.<o:p></o:p>

    <o:p> </o:p>

    Nous qui aimons tout simplifier à l'extrême et confondre, dans un même sentiment d'amour ou de haine, l'Etat, son chef, son parti et les habitants de sa région, nous avons beaucoup de mal à nous retrouver dans la complexité du monde dangereux et implacable où viennent à peine de rentrer nos jeunes républiques. <o:p></o:p>

    <o:p> </o:p>

    L'une des raisons pour lesquelles nous ne pourrons pas du tout choisir la guerre comme moyen de résoudre nos problèmes internes est que nous sommes trop pauvres pour gagner sans le secours des étrangers, et trop riches pour ne pas attirer leurs convoitises au cœur de nos batailles.<o:p></o:p>

     <o:p></o:p>

    Quant aux luttes pacifiques pour l'instauration et la sauvegarde de l'Etat de droit et de la paix, elles sont l'affaire des sociétés civiles organisées capables d'exercer sur les Etats des pressions décisives.<o:p></o:p>

    <o:p> </o:p>

    Il n'existe pas seulement, dans le monde, des multinationales sans foi ni loi, une internationale du crime et des Etats sans âme ni morale. <o:p></o:p>

    Il existe aussi, et fort heureusement, de vastes réseaux d'organisations non gouvernementales équipées de puissants moyens de communication pour faire entendre la voix de la raison, de la justice et de la paix. Les démocrates d'Amérique latine ont su prendre appui sur ces réseaux dans leur longue lutte désarmée contre des Etats voyous de surcroît mafieux et des révolutions totalitaires. Si nous ne savons pas donner naissance, en Afrique à une société civile capable de s'engager pacifiquement et efficacement dans cette lutte, nous serons livrés, sans espoir et sans témoins, aux guerres sans perspectives des clans qui se disputent nos Etats et nos richesses.<o:p></o:p>

    <o:p> </o:p>

    Alors, dans ces conditions, longue, très longue sera la nuit des cauchemars, des génocides et des crimes contre l'humanité à répétition, et interminables.<o:p></o:p>

    <o:p> </o:p>

    Aussi, inversement, une fausse paix qui laisse couver sous la cendre les restes encore vifs d’une idéologie perverse est encore plus dangereuse que l’affrontement et la contradiction.<o:p></o:p>

    <o:p> </o:p>

    <o:p> </o:p>

    Jean-Claude Mayima-Mbemba<o:p></o:p>

    Secrétaire Général de AHVI<o:p></o:p>

    http://www.africa-humanvoice.org/afrique<o:p></o:p>

    NOTES :<o:p></o:p>

    <o:p> </o:p>

    (1)- Lanza Del Vasto, Les quatre fléaux, éd. Denoël, Paris, 1959, p. 163<o:p></o:p>

    <o:p> </o:p>

    (2)- Ce texte a été écrit le 6 mars 2000. En ce moment-là, la France n'avait pas encore reconnu le génocide arménien. Ce n'est que très récemment, courant 2001, que cela l'a été par le parlement français. <o:p></o:p>

    <o:p> </o:p>

    (3)- Cf. : Jean-Claude Mayima-Mbemba in bimestriel Le Monde des Droits de l'Homme vue de Bruxelles (LMDH), n° 34, novembre-décembre 1997 (http://www.lmdh.org).<o:p></o:p>

    <o:p> </o:p>


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