• France/Congo : La diplomatie du ventre

    FRANCE/CONGO-BRAZZAVILLE : AFFAIRE NDENGUE ET LES DISPARUS DU BEACH - La diplomatie du ventre ou le deni de justice

    « On ne lutte pas contre l'émotion d'un peuple avec des blindés » (Jacques Chirac).
    « Plus un ordre viole la nature, l'habitude et la norme, et plus l'usage de la violence
    lui est indispensable »
    (Lanza Del Vasto)


    France/Congo-Brazzaville :

    "Disparus du Beach" : Affaire Ndengue

    DIPLOMATIE DU VENTRE
    ou la politique de prédation
    et de domination esclavagistes
    sur fond de crimes contre l'humanité
    ( LE DENI DE JUSTICE )

     

    1 - Il y a quelques semaines, un flic congolais (Brazzaville) dit de haut rang a été épinglé, arrêté à Paris par la justice française pour "Crime contre l'humanité" suite à une plainte déposée par des familles de victimes, la FIDH et l'OCDH dans le dossier des "Disparus du Beach" de Brazzaville en 1999. Ce flic aussitôt arrêté a vite été remis en liberté et a pu rejoindre son pays, sans qu'il ait été assigné à résidence surveillée, encore moins mis sous contrôle judiciaire. Dans cette affaire, la politique du ventre dite politique de la C.A.C. (Cupidité-Avidité-Concussion) a été respectée et appliquée par la France. Motif : immunité diplomatique.

     

    Qu'à cela ne tienne, la première question qui se pose est celle-ci : Monsieur Ndengue, quoi que Directeur Général de la Police nationale congolaise, avait-il droit à un passeport diplomatique ?
     
    2 - Il y a quelques années, si notre mémoire est bonne, un Ambassadeur d'un pays africain (Zaïre), en poste à Paris, avait eu la malchance de causer un accident qui avait entraîné la mort involontaire d'un enfant Français, de surcroît Blanc. Le tollé, les levées de boucliers, les vociférations et les pressions avaient été tels que la France eût recours à la levée de l'immunité diplomatique de ce diplomate de haut rang, puisque Ambassadeur accrédité auprès de la République Française. Il fut jugé et condamné, au grand mépris des conventions et règles internationales. Ici, nous sommes donc en face d'une situation typique qui puisse faire jurisprudence.
     
    3 - Le 23 avril 2004, circulant à 214 km/h, un diplomate du Qatar a été intercepté et s'est vu rappeler par le Quai d'Orsay (ministère des Affaires étrangères) que "les diplomates ont obligation de respecter pleinement la législation en vigueur en France comme le stipulent les conventions internationales". De son côté, le ministre français des Transports a qualifié cet excès de vitesse "d'inadmissible et de révoltant". Ce ministre a ensuite estimé que le conducteur pourrait accepter une "levée volontaire de son immunité" pour "subir la loi commune".
     
    Dans cette affaire, auparavant, le ministre Gilles de Robien avait déjà déclaré : "Je suis le premier choqué, c'est inadmissible, c'est révoltant. Dans un cas comme ça, on ne peut pas ne pas réagir. On va regarder ensemble quelles sont les suites à donner. Je pense qu'il peut y avoir des gestes volontaires par l'auteur de l'infraction pour sa bonne volonté de vivre en France en respectant les lois" , etc. Relevons et notons avec précision qu'ici il n'y a pas mort d'homme. Mais retenons également avec précision que les réactions tant du ministère français des Affaires étrangères que de celles du ministère français des Transports sont sans appel. Le diplomate du Qatar doit subir sa punition, comme cela l'avait été pour l'ambassadeur du Zaïre.
     
    Au regard de ces deux cas presque similaires, et en comparaison à celui de M. Ndengue qui n'est pas diplomate mais simple fonctionnaire devant avoir droit à un passeport de service, fût-il fonctionnaire de haut rang, il y a une incohérence de comportements, d'appréciation et de réactions de la part des autorités françaises. Les leçons que nous pouvons donc tirer de ces volte-face françaises sont de deux ordres, selon que vous soyez de la catégorie de la race pure, de celle des "affranchis" ou de celle des sous-hommes :
    a) - Si vous commettez un délit sur le sol français, même si vous êtes diplomates et de surcroît originaires d'un pays du tiers-monde, c'est-à-dire des sous-hommes, votre immunité doit être levée immédiatement, car elle perd sa validité, et les conventions internationales en la matière reléguées aux oubliettes.
     
    b) - Si vous assassinez en masse, par centaines, par milliers des individus dans votre pays et s'ils ne sont pas français, même si plainte est déposée contre vous auprès des tribunaux français, soyez tranquilles, votre immunité sera sauvegardée surtout quand le pays et le régime auxquels vous appartenez sont la vache à lait de l'Etat français. Les autorités françaises feront tout, se plieront en quatre, pour vous sauver. Ici l'immunité diplomatique est sauvegardée et respectée. Personne ne lèvera son petit doigt pour demander la levée de celle-ci. C'est cette règle mafieuse qui a été appliquée, par la France, à M. Ndengue pour n'avoir pas assassiné un Français Blanc et pour n'avoir pas enfreint la loi commune (sic).
     
    C'est ainsi que les crimes pour lesquels M. Ndengue a été appréhendé et incarcéré, malgré le dépôt de plainte auprès des tribunaux français sur la base de la compétence universelle, n'ont aucune valeur. Les morts sont Africains et surtout Noirs. Ils sont moins que rien. Alors, il n'y a pas lieu d'inquiéter ces "serviteurs zélés" au service de la France pour un baril de pétrole. Ici s'appliquent les écrits contenus dans un livre devenu célèbre : "Le Code Noir".
     

    D'ailleurs, la presse française ne s'y trompe pas. Ainsi y lit-on :

    - "Le Canard Enchaîné" du 7 avril 2004 : "Chirac se met en quatre pour un policier congolais".

    - "Le Parisien" du 26 avril 2004 : "Le parquet de Meaux au secours du chef de la police congolaise".

    - Etc…
     

    De l'autre côté, l'un des criminels, le clairon de service Alain Akouala, de déclarer que "la justice française n'est pas compétente pour juger de l'affaire des disparus du Beach". Chose curieuse : quand M. François-Xavier Verschave avait écrit le livre intitulé : "Noir Silence" publié aux éditions Les Arènes en 2000, les mêmes qui ne reconnaissent plus aujourd'hui la compétence des tribunaux français étaient les premiers à saisir cette même justice pour "offense à chefs d'Etat étrangers" . A ce moment-là, la justice française était bonne et compétente. Ce qui d'ailleurs donnera naissance à un autre livre aux mêmes éditions sous le titre : "Noir procès". Qu'on le veuille ou non, la France est seule coupable de cette situation si sa "Justice" est dénigrée à ce point et foulée aux pieds par ses connétables et autres baudets.

     

    M. Akouala qualifie ces assassinats massifs au nombre incalculable de "bavures" (sic). En 1999 (Cf. : Hebdomadaire "Jeune Afrique - actuel "L'Intelligent" - numéro 2022 du 12 au 18 octobre 1999) , le Chef du régime de la barbarie, pour reconnaître ses crimes à grande échelle, déclarait : "Je ne nie pas qu'il y ait eu… des bavures et dérapages condamnables de la part de la force publique". Depuis, malgré cet aveu, combien y a-t-il eu de condamnations? A-t-on traduit en justice un seul de ces "dérapeurs"? Alors :
     
    - Bavures et dérapages, les 500 000 morts programmés depuis longtemps, laissés sur le terrain par les massacres du Sud-Congo, dont une moitié de femmes et d'enfants ?
    - Bavures et dérapages, les milliers de personnes exécutées, après avoir été ramenées de force de la forêt ou de Kinshasa ?
    - Bavures et dérapages, cette décision d'épuration ethnique prise à Oyo en janvier 1998, et exécutée scientifiquement dès avril 1998 ?
    - Bavures et dérapages, ces opérations de ratissages mètre par mètre décidées et annoncées publiquement pour anéantir tout le sud-Congo en général, et la région du Pool en particulier ?
    - Bavures et dérapages, toutes ces fillettes violées devant papa et maman ?
    - Bavures et dérapages, ces opérations sous les noms évocateurs de : "Colombes I et II", "Hérode", "Hadès", "Mouebara", etc. ?
    - Bavures et dérapages, ces centaines de milliers de femmes abattues puis violées ?
    - Bavures et dérapages, ces mines antipersonnelles programmées et disséminées ici et là en vue de l'extermination des populations de la région du Pool ?
    - Bavures et dérapages, l'absence de prisonniers de guerre, tous ceux qui sont capturés vivants ou enlevés étant immédiatement exécutés ?
    - Bavures et dérapages, cet aveu du président Chirac ce jour du 30 juin 1998 à Luanda (Angola) contre lequel le ministre des Affaires étrangères de l'époque, M. Hubert Védrine, dans sa réaction, déclara : "Mais quelle mouche l'a piqué?" (Cf. Le Canard Enchaîné)?
    - Bavures, dérapages et sans doute aussi mensonges, ces nombreux témoignages recueillis par les équipes de Médecins Sans Frontières et rapportés dans leur livre intitulé : "Une guerre contre les civils : Réflexions sur les pratiques humanitaires au Congo-Brazzaville (1998-2000)" ?
    - Etc…
     
    Or chaque Congolais connaît le mode opératoire du régime de Brazzaville. On tue plus de 500 personnes au Beach de Brazzaville ou ailleurs, puis on achète des Zaïro-Congolais et des Hutu rwandais pour servir de faux disparus dans le but de discréditer l'action judiciaire engagée par la FIDH et l'OCDH. Ce scénario avait déjà fonctionné lors de l'assassinat de Marien Ngouabi, celui du Père Guth et de bien d'autres suppliciés.
     
    Ici, l'ONU, qui est montrée du doigt et accusée par le régime de Sassou Nguesso, lequel clame haut et fort son innocence pour n'avoir jamais vu ou reçu un seul de ces "disparus" prétendus, se doit de réagir de la façon la plus énergique. Sinon, nous serons dans l'obligation d'accuser le HCR (bureau de Kinshasa) de l'ONU d'avoir assassiné les 500 disparus du Beach, car nous sommes convaincus qu'ils ne se sont pas suicidés.
     
    Par ailleurs, s'agissant de la France, on ne peut perpétuellement et en même temps prétendre être un Etat de Droit, Patrie des Droits de l'homme, Fille Aînée de l'Eglise Catholique et Apôtre de la Démocratie, tout en sacralisant la diplomatie du ventre et privilégiant la politique de prédation et de domination esclavagistes sur fond de crimes contre l'humanité en Afrique. Oui, c'est vrai, comme nous l'avions lu il y a quelques années dans "Jeune Afrique" devenu "L'intelligent" depuis : "La France est le pilier de nos dictatures en Afrique".
     
    En conclusion, dans le cas d'espèce de M. Ndengue, l'un des principaux impliqués dans ce dossier de "crimes contre l'humanité", la délivrance de passeports diplomatiques à des individus comme lui, et qui ne les méritent pas parce qu'ils n'en ont pas droit, est devenue une couverture, un moyen d'échapper à la justice française qui agit au nom de la compétence universelle. En règle générale, dans un Etat qui se respecte et digne de foi, M. Ndengue avait droit à un Passeport de Service accompagné d'un Ordre de mission. Point et rien de plus.
     
    Malheureusement, dans ce pays où la déliquescence de l'Etat n'est plus à démontrer (Cf. : Lettre du Général Ngouelondele, Août 2003) , de la même manière que le régime de Brazzaville a distribué comme des petits pains la nationalité congolaise à des Hutus rwandais, Tchadiens et autres Angolais ayant prêté mains fortes à Sassou Nguesso dans le génocide des Kongo du Pool, de la même manière le régime de Denis Sassou Nguesso distribue des passeports diplomatiques à n'importe qui pourvu que celui-ci ait baigné dans les massacres humains qui se perpétuent à ce jour dans la région du Pool. Voyez-vous, même le scribe (nègre) de Sassou Nguesso en bénéficie. Il s'agit de Jean-Paul Pigasse qui, lui-même, a maille à partir avec la justice française, bien qu'il traite les Juges Français de "Petits Juges". Et dans le même temps, discrimination ethnique oblige, les natifs et vrais citoyens Congolais sont privés de Passeport, voire de la Carte Nationale d'Identité, surtout quand on est originaire de la région du Pool.
     

    C'est pourquoi nous pouvons nous permettre d'affirmer : "Le génocide des Kongo de la région du Pool est l'œuvre de l'Etat français dont le Président Chirac en est l'orfèvre".

     

    Strasbourg, le 30 avril 2004

     

    Jean-Claude Mayima-Mbemba



  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :