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    Congo : Des " bailleurs de fond " dans l'armée 2007-04-06 22:13:36 par Etudiantcongolais.com

    Congo, (Etudiantcongolais.com) - Enfants gâtés, les militaires ont toujours été privilégiés au Congo-Brazzaville. Depuis la fin des conflits armés, le vent a tourné et les militaires sont nombreux à être devenus usuriers, pour arrondir leurs fins de mois. Cela ne surprend plus grand monde aujourd'hui que des militaires en exercice soient devenus usuriers. Les "bailleurs de fond", comme les ont rebaptisés l'homme de la rue, prêtent des sommes d'argent à des taux d'intérêts exorbitants, 30%, voire 40% payables par mois. Malgré tout, on constate que les emprunteurs se bousculent.

    L'Adjudant-chef B.M.H. a un brin nostalgique quand il se rappelle une époque plus faste. "Beaucoup de militaires se sont lancés dans le commerce par rapport au manque d'entraide de l'Armée. A l'époque, avant les conflits
    armés, quand la D.C.A.S (Direction centrale d'aide sociale de l'Armée)
    existait, on pouvait emprunter de l'argent. Par exemple, j'ai perdu mon père
    en 1990, on m'a prêté 30 000 Cfa".

    L'Adjudant B.M.H poursuit: "A l'époque, les militaires avaient beaucoup
    d'avantages, au sein de l'administration de l'armée, il existait des boutiques où on pouvait prendre des vêtements, de l'alimentation à crédit, etc . " Mais la diminution des avantages sociaux n'explique pas tout, selon Paul, un commerçant, ex-usurier et qui connaît bien ce milieu. " Depuis 1998, des militaires qui sont affectés dans les zones de conflit, ne perçoivent que des primes tandis que leurs soldes traînent à la Direction à Brazzaville. Alors les agents payeurs de l'armée qui ont cet argent à leur disposition font fructifier en attendant que les intéressés viennent les réclamer ". L'Adjudant-chef B.M.H, 23 ans d'armée, propriétaire d'une buvette et " bailleur ", parle de ses activités ouvertement parce qu'il est " réglo " comme il dit. "Généralement, je ne prête qu'à mes collègues militaires parce qu'il y a la faculté de retenues de salaires au cas de non-remboursement." Il poursuit " Si un civil veut emprunter de l'argent je lui demande d'amener une télévision pour la mette en gage. Au bout de six mois s'il ne vient pas je vends tout. "

    316 " bailleurs " officiels

    Avec les militaires, rien n'est laissé à l'improvisation. A ce jour, ce sont près de 316 militaires qui sont enregistrés régulièrement comme " bailleurs " à la Direction des soldes et des pensions, qui fait partie du Ministère de la Défense nationale. Chacun d'eux possède sa " fiche individuelle de bailleur ", avec le nom des transactions financières et doit s'acquitter de la taxe de 10 % sur ses revenus.

    " Les choses se passent beaucoup mieux entre militaires maintenant que tout est enregistré. Avant il y avait des bagarres " confie une secrétaire qui travaille à la Direction des soldes et des pensions. Ainsi lorsque le prêteur a affaire à des mauvais payeurs, il file tout droit au secrétariat du Bureau des soldes, muni de l'attestation de reconnaissance de dette dûment signée par le débiteur. Et là tout s'enclenche, le malheureux est convoqué à la garnison. S'il ne veut toujours pas payer, l'autorité fixe l'état des retenues sur la solde du militaire ou le salaire du fonctionnaire récalcitrant. Mopao " l'homme qui a les moyens ", un sobriquet tout trouvé pour l'Adjudant Martin, un homme costaud, larges d'épaules et surtout bailleur depuis l'an 2000. Grâce à ce " commerce " il vit plutôt mieux que ses collègues.

    Il a réussi à construire sa maison et s'acheter une voiture. Au sein de l'organisation internationale où il est détaché en mission de sécurité, il est très courtisé par ses collègues, qui à priori gagnent bien leur vie. "Ici, où je travaille, il y a même des gens qui gagnent près de 600 000 Cfa par mois mais qui viennent m'emprunter 100 000 Cfa.

    Mais les civils sont gonflés, quand ils ont besoin d'argent ce sont eux qui viennent te trouver mais pour rembourser c'est à toi de te déplacer". En fait, obtenir un prêt chez un usurier, ce n'est pas chose aisée. Les usuriers s'entourent de beaucoup de précautions pour ne pas avoir de mauvaises surprises. Pour cause, nombre de Congolais sont endettés jusqu'au cou. Parfois, une seule personne a déjà souscrit des prêts chez quatre ou cinq usuriers.

    Les militaires sont plus tâtillons. L'Adjudant Martin fait passer un interrogatoire en bonne et due forme au client : profession, adresse du lieu de travail et domicile, numéro de téléphone personnel, dernières fiches de salaire numéro d'immatriculation pour les fonctionnaires, matricule de solde pour un militaire, numéro de compte en banque, maisons en location.

    Des vérifications sur le terrain ne s'avèrent pas inutiles. Le cas d'une jeune femme qui voulait lui emprunter 100 000 Cfa, paraissait plutôt convaincant. Mais après vérification auprès de l'employeur qu'elle l' avait indiqué, elle avait été renvoyée quelques semaines auparavant. Tout bon usurier est confronté un jour ou l'autre à un mauvais payeur. Les militaires font jouer leurs relations dans l'armée, la gendarmerie ou la police. Le débiteur est gardé à vue, à moins que sa famille accepte de cotiser pour qu'il soit libéré.

    L'adjudant Martin avoue qu'il a eu recours à la gendarmerie pour récupérer son argent. " Mais avant d'en arriver là, je privilégie le dialogue. Quand c'est un homme marié qui me doit, je vais chez lui pour parler à sa femme. Et ça fonctionne dans la plupart des cas, le mois suivant le type vient me régler. "

    Ghilaine Bailly

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